Face à la sécheresse de ses rizières, la Malaisie veut faire pleuvoir
La Malaisie va recourir à l’ensemencement des nuages afin de provoquer des pluies attendues de longue date par les riziculteurs du nord du pays, confrontés à la sécheresse et à la hausse des coûts des carburants liée au conflit au Moyen‑Orient.
Cette année "a été marquée par une longue période de sécheresse, de faibles précipitations et une baisse du niveau d'eau des barrages", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Mohamad Sabu.
Dans ces conditions, les agriculteurs ont manqué deux des trois étapes habituelles de plantation pour le "semis direct sur sol mouillé" du riz, une technique qui requiert des champs inondés.
L'alternative est le semis direct à sec, mais selon les agriculteurs, cette technique provoque des rendements moins importants, et les pluies sporadiques la rendent de toute façon impossible dans certains champs.
Plus de la moitié des rizières de la région ont été préparées pour la plantation, mais une fraction d'entre elles ont pu être plantées, les agriculteurs attendant encore la pluie.
Les plantations "n'ont pas été annulées", a insisté Mohamad Sabu, mais "des ajustements temporaires et des mesures sont mis en oeuvre pour limiter le préjudice".
Le riz est une culture de base en Malaisie, qui en consomme environ 2,5 millions de tonnes par an, près de la moitié étant produite localement.
La majorité est cultivée dans le nord de la péninsule. La région de Kedah, première productrice, est "d'une importance stratégique pour la sécurité alimentaire" nationale, souligne le ministre.
Mais au lieu de champs inondés et de rizières luxuriantes, les agriculteurs se retrouvent face à une terre craquelée par la sécheresse.
En conséquence, le Premier ministre malaisien Anwar Ibrahim a annoncé cette semaine des opérations d'ensemencement de nuages pour provoquer la pluie artificiellement.
- El Niño -
Ce procédé, déjà utilisé dans le pays, consiste à pulvériser des particules fines comme de l'iodure d'argent et du sel dans les nuages depuis des avions afin de générer des précipitations.
Mais son succès dépend des conditions atmosphériques: sans nuages, l'ensemencement ne peut pas fonctionner.
Aucune date n'a été officiellement fixée pour cette opération.
Le gouvernement a également annoncé le renforcement des aides afin d'amortir la hausse des coûts des carburants liée au conflit au Moyen-Orient.
Abdul Rashid Yob, qui possède une rizière de trois hectares à Kedah, a expliqué que "même là où l'eau est disponible, beaucoup ne peuvent pas se permettre de continuer en raison des coûts élevés".
Plus au sud, Fitri Amit, petit riziculteur de la région de Perak, subit lui aussi la sécheresse: "l'irrigation a été interrompue car les niveaux des réservoirs étaient bas".
Pour lui, les mesures gouvernementales arrivent souvent trop tard, une fois les économies des agriculteurs épuisées".
"Les agriculteurs préfèrent que le soutien passe par une augmentation du prix du paddy", a-t-il expliqué, en faisant référence au prix de vente du riz.
Les riziculteurs malaisiens ont déjà dû faire face à la sécheresse ou à des précipitations irrégulières par le passé, mais "les défis de cette année sont plus importants", selon Mohamad Sabu.
En cause, "une période de chaleur prolongée, des précipitations plus faibles que d'ordinaire et la diminution des réserves d'eau dans plusieurs barrages d'irrigation".
Cette crise survient alors que l'Asie se prépare à un possible retour du phénomène météorologique El Niño, qui entraîne des changements à l'échelle mondiale dans les vents, la pression atmosphérique et les régimes pluviométriques.
En Asie, il peut ainsi provoquer des vagues de chaleur et des sécheresses dans certaines régions, et de fortes précipitations dans d'autres.
Les prévisionnistes indiquent qu'El Niño pourrait se développer de mai à juillet, et les premières observations suggèrent qu'il pourrait être particulièrement intense.
C. Fournier--BTZ