Le Japon à l'assaut des lunes de Mars, avec une présence française à bord
Une mission japonaise, avec deux engins français à son bord, doit décoller mardi vers les lunes de Mars pour récupérer des échantillons et tenter de lever le voile sur les origines du Système solaire et de la vie sur Terre.
La sonde Martian Moons eXploration (MMX), née d'une collaboration avec le Centre national d'études spatiales (Cnes), la Nasa, l'Agence spatiale européenne (ESA) et le Centre aérospatial allemand (DLR), pourrait également contribuer à poser les bases d'une future exploration humaine.
La fusée H3 transportant MMX, ainsi que les deux contributions françaises - un rover et un spectromètre - doit décoller du centre spatial de Tanegashima (sud) mardi à 04H41 (19H41 GMT lundi), prévoit l'Agence spatiale japonaise (Jaxa).
"Je suis tout à fait conscient du poids de cette responsabilité. Cela dit, pouvoir participer à une mission d'une telle envergure est extrêmement enthousiasmant pour moi, personnellement", a déclaré à des journalistes Makoto Arita, chef de projet de l'équipe de la fusée H3 de la Jaxa, deux jours avant le lancement.
Après un voyage d'environ une année, la sonde restera trois ans à proximité de la planète rouge, en orbite autour de Phobos, l'une des deux lunes de Mars, à quelque 6.000 km de cette planète. Elle se posera ensuite sur ce satellite pour recueillir au moins 10 grammes de matière.
Le rover, nommé Idefix comme le chien de la bande dessinée Astérix, effectuera d'abord des observations de surface et servira d'éclaireur à la sonde pour lui garantir un atterrissage en toute sécurité.
Mirs est, lui, un spectromètre développé par le Cnes et l'Observatoire de Paris-PSL "qui va aider les scientifiques à choisir les sites les plus intéressants pour le prélèvement des échantillons", résume l'astronome Antonella Barucci, responsable scientifique de Mirs.
"Le prélèvement d'échantillons sur Phobos sera une première mondiale", a déclaré à l'AFP le chef du projet MMX, Yasuhiro Kawakatsu.
La Jaxa a indiqué que la mission étudierait aussi la possibilité d'employer Phobos comme une "station spatiale naturelle" en définissant les exigences pour un aller-retour vers Mars – élément "essentiel pour l'exploration habitée" de cette planète, a-t-il ajouté.
- Impact ou capture -
La mission observera aussi l'autre lune, Deimos, sans s'y poser, avant de revenir vers la Terre.
La Jaxa espère que la mission dévoilera comment Mars et ses deux lunes se sont formées, une donnée essentielle pour comprendre la naissance du Système solaire.
L'une des théories, celle de "l'impact géant", veut qu'elles se soient formées après la collision d'un corps céleste avec Mars. L'hypothèse dite de la "capture" envisage quant à elle qu'elles aient été des astéroïdes capturés par la gravité martienne.
"MMX éclairera les mécanismes de transport qui ont acheminé l'eau, les éléments volatils et les composés organiques depuis les régions externes du Système solaire vers les planètes rocheuses internes (Mercure, Vénus, la Terre et Mars, ndlr), des processus qui ont peut-être joué un rôle clé dans l'habitabilité de ces mondes", avait expliqué à l'AFP en août l'astrophysicien français Patrick Michel, directeur de recherches au CNRS.
- Au fond du "puits gravitationnel" -
"Si Phobos et Deimos sont effectivement des vestiges de ces premiers systèmes d'acheminement, ils pourraient détenir des indices sur les origines mêmes de la vie ou, plus précisément, sur le transport des matériaux, déterminants pour l'émergence de la vie sur les planètes rocheuses", avait-il ajouté lors de la préparation de cette mission.
L'une des différences entre les précédentes missions japonaises de sondes d'astéroïdes et MMX est que, cette fois-ci, "nous devons nous approcher très près de Mars et en revenir", ce qui implique de s'extraire de la forte gravité de la planète, a indiqué M. Kawakatsu, évoquant la difficile descente dans "le puits gravitationnel".
- La mission chinoise -
Les agences spatiales américaine et chinoise sont également dans cette course pour ramener sur Terre des échantillons rocheux prélevés à la surface de Mars.
Le rover Perseverance de la Nasa, qui parcourt la planète rouge depuis 2021, a déjà recueilli des échantillons prêts à être rapatriés sur Terre.
Cependant, la mission a de fait été stoppée par le gouvernement du président Donald Trump après un vote du Congrès américain en janvier.
La Chine a également annoncé que son engin spatial Tianwen-3 devait être lancé vers 2028 avec l'objectif de ramener des échantillons martiens vers 2031, potentiellement avant le retour de MMX.
Les scientifiques de la Jaxa estiment que le sable et les roches de Phobos pourraient offrir une plus grande variété d'échantillons que ceux présents directement sur la planète, surtout si cette lune s'est formée à la suite d'une collision entre un corps céleste et Mars.
O. Karlsson--BTZ