Tour de France: les Nordiques plus forts que la canicule
Il faisait un temps à ne pas mettre un Scandinave dehors, mardi sur le Tour de France, mais le Danois Mads Pedersen, vainqueur de la quatrième étape, et le Norvégien Torstein Traeen, nouveau maillot jaune après avoir survécu à un cancer, ont brillé sous la canicule à Foix.
Avec un thermomètre frôlant les 40 degrés à l'ombre, les coureurs ont passé leur journée à s'asperger et à glisser des glaçons jusque dans leurs cuissards pour résister à la fournaise, qui devrait persister les prochains jours.
Les favoris, à commencer par Tadej Pogacar, en ont profité pour décréter une trêve et laisser partir l'échappée pour la première fois dans cette 113e édition jusque-là accaparée par les leaders.
Pour Pogacar, l'intérêt de se débarrasser du maillot jaune était double: économiser ses forces dans la perspective du prochain grand rendez-vous jeudi au Tourmalet avant l'arrivée au pied du cirque de Gavarnie. Mais aussi alléger considérablement ses fins d'après-midi en s'évitant le protocole – podiums, médias... - qui peut prendre jusqu'à deux heures.
Rapidement, 34 coureurs armés de bidons ont ainsi pu prendre du champ sur les routes de l'Aude et de l'Ariège. Sous un soleil de plomb, le groupe a fondu au fil des ascensions avant que les dix plus forts, dont le Français Kévin Vauquelin (6e), ne se détachent dans le col de Montségur (6,9 km à 6,6%) à 34 km de l'arrivée.
Parmi eux Torstein Traeen et Mads Pedersen, qui avait une pancarte énorme dans le dos tellement il était le plus rapide des dix.
- "Chef-d'oeuvre collectif" -
Encore fallait-il tenir jusqu'en haut du col de Montségur et il y est parvenu en allant "loin dans la souffrance" avec l'aide de ses deux coéquipiers, les solides Quinn Simmons et Mathias Vacek.
"Quinn et Vacek ont été incroyables pour imposer le bon rythme pour moi et s'assurer qu'on ne perde pas trop de temps au sommet. Ensuite, ils ont roulé comme des machines jusqu'à la ligne d'arrivée. Ma victoire est un chef-d'œuvre collectif", a commenté le Danois de 30 ans après avoir aussi endossé pour la première fois de sa vie le maillot vert.
Une fois arrivé devant le château de Foix, le résultat était inéluctable et Pedersen a survolé le sprint pour décrocher son premier succès de l'année, qu'il a dédié à son manager Luca Guercilena, sur le départ dans une équipe qui a fait le grand ménage dans sa direction.
"Il m'a dit avant l'étape: +s'il te plaît, gagne-moi une étape, et fais-le tôt dans la course.+ Cette victoire est pour lui et pour toutes les belles années que nous avons eues ensemble."
Pedersen, revanchard après qu'on lui eut préféré Jonathan Milan sur le Tour l'an dernier, décroche son troisième succès sur la Grande Boucle après 2022 et 2023. Il n'avait plus levé les bras tout court depuis la Vuelta en septembre dernier, avant de se casser la clavicule en début d'année.
- Cancer des testicules -
Torstein Traeen, 30 ans également, revient, lui, de beaucoup plus loin encore. En 2022, on a diagnostiqué au Norvégien un cancer des testicules à l'occasion d'un contrôle antidopage hors compétition.
Le coureur d'Uno-X a appris la mauvaise nouvelle un vendredi 13 mai lors d'un stage dans la Sierra Nevada espagnole.
Soigné, ce pur coureur de classement général, qui a une grand-mère japonaise, a pu rapidement reprendre la compétition. Discret et peu bavard, il s'est fait remarquer lors de la dernière Vuelta en portant le maillot rouge de leader avant de terminer 9e au général.
"Le Tour de France, c'est encore autre chose", a-t-il expliqué à Foix en racontant son "rêve" de porter la tunique jaune, qu'il est le troisième Norvégien à endosser après Thor Hushovd et Alexander Kristoff.
Il pourrait la garder un moment puisqu'il possède près de huit minutes d'avance sur Pogacar et Jonas Vingegaard.
A. Bogdanow--BTZ