Des milliers de manifestants défilent à Orléans contre le congrès du RN
Point d'orgue d'un nouveau samedi de mobilisation sous haute surveillance partout en France, des milliers de personnes manifestent à Orléans contre le congrès du Rassemblement national, à la veille du premier grand meeting de campagne de Marine Le Pen dans la préfecture du Loiret.
En tête de cortège, le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko a estimé que le tir meurtrier survenu vendredi dans les Yvelines nécessitait de se rassembler contre le RN, largement en tête des sondages pour la prochaine élection présidentielle.
"Pour nous, le RN ne sera jamais un parti comme les autres. C'est un parti dangereux pour notre démocratie (...) nous sommes dans un moment de bascule", a estimé la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet.
Le maire de Trappes, Ali Rabeh, le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure et la députée écologiste Clémentine Autain figuraient aussi parmi les personnalités présentes.
"Macron démission, Le Pen en prison", a scandé la foule. "Plus chauds que les fachos", "la jeunesse emmerde le Rassemblement national", pouvait-on lire sur des pancartes.
- "Banalisation de l'extrême-droite" -
"Je suis venu pour dénoncer ce congrès et la banalisation de l'extrême droite dans notre pays où la haine raciste et islamophobe a tué. Arrêtons d'avoir peur, il est encore temps de battre le RN", a déclaré à l'AFP Romain Ruiz, un avocat âgé de 36 ans.
Les autorités attendent jusqu'à 30.000 personnes venues de toute la France, sur un parcours modifié la veille pour éviter le centre-ville.
Pour encadrer le cortège et sécuriser le congrès du parti d'extrême droite, tous les effectifs de police locaux ont été mobilisés, renforcés par quinze compagnies de CRS et de gendarmes mobiles. Soit près de 3.000 hommes "bien équipés" avec deux blindés Centaure, des engins lanceurs d'eau, des hélicoptères et des drones, prêts à contenir les 2.000 à 3.000 "éléments radicaux" qui pourraient se fondre dans la masse, selon les autorités.
Au sommet de l'exécutif, secoué par les menaces sécuritaires sur le pays et l'attaque vendredi qualifiée "d'attentat raciste" dans les Yvelines, on s'inquiète de ce congrès qui pourrait agir "comme un pot de miel" pour "tous les dingues" prêts à en découdre, qu'ils soient d'ultragauche ou d'ultradroite.
Le maire (DVD) d'Orléans, Serge Grouard, a annoncé l'instauration d'un couvre-feu sur l'ensemble de la commune durant les deux prochaines nuits pour les mineurs de moins de 15 ans. "On a essayé d'anticiper tout ce que l'on pouvait anticiper. Je n'ai pas peur", a-t-il déclaré.
La municipalité a fermé l'office de tourisme, la médiathèque, les parcs et jardins, et ordonné aux restaurants de ne pas ouvrir leurs terrasses. Les tramways sont à l'arrêt, la circulation interdite dans le coeur historique de la cité.
- Rassurer les troupes -
De l'autre côté de la Loire, calfeutrés dans l'enceinte du Zénith, 5.000 militants et cadres du RN ont rendez-vous à partir de 14H30 pour réélire leur président Jordan Bardella, seul candidat à sa succession.
L'absence de suspense n'a pas empêché plus de deux tiers (68%) des adhérents de participer au vote, qui doit aussi renouveler les instances internes. L'autoproclamé "premier parti de France" et ses 160.000 membres revendiqués apparaissent donc soudés derrière leur chef, pourtant fragilisé ces dernières semaines par des accusations d'antisémitisme juvénile - qu'il conteste farouchement.
Rien ne semble pouvoir entraver la dynamique d'une formation politique lancée à la conquête du pouvoir avec une confiance insolente. D'autant plus que les sondages placent plus que jamais Marine Le Pen largement en tête au premier tour et gagnante face à tous ses adversaires potentiels au second.
Une avance que l'ultra-favorite de la course à l'Elysée va exploiter dimanche, pour son premier grand meeting de campagne au Co'Met, arène de 10.000 places qu'elle espère voir remplie, malgré les "messages de crainte" remontés de la base jusqu'à la direction du RN après les violences du weekend dernier.
La quadruple candidate s'est employée à rassurer ses troupes, affirmant qu'elle n'avait "pas d'inquiétude" quant à la bonne tenue de l'événement.
"C'est un peu la campagne à venir qui se joue", a estimé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, venu lui-même "inspecter le dispositif" vendredi, tandis que le préfet Hugues Moutouh a interdit toute manifestation dimanche dans une grande partie de l'agglomération orléanaise.
Marine Le Pen entend se présenter à Orléans en garante d'une "France apaisée", porteuse d'une promesse de "renaissance" dont elle fera le thème central de son discours.
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Y. Rousseau--BTZ