Engrais: aides d'urgence et stratégie pour "sortir de la dépendance"
Sortir la France de sa "dépendance": le gouvernement a annoncé jeudi des aides d'urgence d'un montant de 145 millions d'euros pour alléger la facture d'engrais des agriculteurs, ainsi qu'une "stratégie durable de souveraineté", notamment pour "produire davantage d'engrais décarbonés".
Attendu depuis des semaines par les cultivateurs, ce "plan d'urgence" répond à une crise aiguë, essentiellement liée au coût des fertilisants depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février et au blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transitent 30% des engrais mondiaux.
Après une première flambée des prix des fertilisants liée à l'invasion russe de l'Ukraine, qui avait conduit les Européens à chercher de nouveaux canaux d'approvisionnement, cette nouvelle crise a joué comme un puissant catalyseur.
Alors que les cultivateurs de la première puissance céréalière d'Europe cumulent "trois années dans le rouge", la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, a souligné l'"urgence" de "sortir de la dépendance" aux engrais importés au nom de la souveraineté, mais aussi insisté sur les solutions déjà en partie mises en place.
- "Sécuriser les semis" -
"La France a besoin de réduire de 50% sa consommation d'engrais minéraux", a-t-elle affirmé lors d'une conférence de presse, aux côtés de son collègue de l'Industrie Sébastien Martin.
Les aides d'urgence annoncées sont constituées des 107 millions d'euros destinés à la France et issus de la réserve de crise européenne, auxquels s'ajouteront des crédits nationaux pour un soutien se montant au total "à 145 millions d'euros", a expliqué la ministre.
Dans le même temps, le gouvernement engage une stratégie de long terme "pour réduire la dépendance de la France aux engrais importés", avec trois priorités: mieux utiliser les engrais (et réduire leur usage), développer les alternatives organiques, et produire davantage d'engrais décarbonés en France, en soutenant l'investissement privé.
Le gouvernement voudrait notamment atteindre 2,7 millions d'hectares consacrés aux légumineuses (lentilles, pois...), moins gourmandes en azote, à l'horizon 2030. Un objectif porté par un "plan protéines" qui peine à décoller faute de débouchés industriels.
Dans l'urgence et alors que la canicule menace les rendements de la récolte en cours, la ministre a répété le soutien de l'Etat à ses agriculteurs.
"Soutenir l'achat d'engrais aujourd'hui, c'est protéger les récoltes de demain", a martelé Mme Genevard, appelant les agriculteurs à acheter dès maintenant leurs engrais "pour sécuriser les semis" des cultures d'hiver.
Le dispositif apportera "une aide de 50 euros par tonne d'engrais azotés simples à tous les agriculteurs", plafonnée à hauteur de la moitié de leur consommation de 2025, a précisé la ministre. Cette aide "sera portée à 70 euros/t" pour les agriculteurs dont les engrais pèsent plus de 10% de leurs charges.
- "Bas carbone" -
Cette aide - déclenchée à partir d'un plancher de 750 euros - s'appliquera aux achats d'engrais azotés "effectués entre le 1er juin 2026 et le 1er octobre 2026": à cette date, la situation sera réévaluée, en fonction de l'évolution du prix des engrais liée au conflit au Moyen-Orient.
Alors que la France importe 70% de ses engrais azotés, Sébastien Martin a souligné la "nécessité de pouvoir produire des engrais bas carbone".
Rappelant le soutien de l'Etat aux entreprises dans le cadre du plan "électrification" de la France, le ministre a annoncé un "programme d'investissements" de 2 milliards d'euros sur dix ans "avec un soutien public de 620 millions d'euros" visant à "augmenter de 20% la production nationale d'engrais azotés d'ici 2032".
Le ministre a cité trois projets "prêts à démarrer": deux en Normandie - à Grand-Quevilly, dans la zone portuaire de Rouen, et au Havre - et un dans la Somme.
Les industiels comme Yara ou LAT Nitrogen travaillent depuis des années à la production d'engrais à base d'hydrogène bas carbone, notamment fabriqué par électrolyse de l'eau, mais les procédés, très coûteux et énergivores, peinent à trouver un modèle économique viable.
K. Petersen--BTZ