Frappes iraniennes meurtrières dans le Golfe et en Israël au lendemain de la mort de Khamenei
L'Iran a mené des frappes meurtrières sur les pays du Golfe alliés des Etats-Unis et sur Israël après avoir appelé dimanche à venger la mort du guide suprême, Ali Khamenei, tué dans l'attaque israélo-américaine lancée la veille.
En riposte à l'attaque lors de laquelle plusieurs hauts responsables iraniens ont péri samedi, la République islamique a lancé des frappes tous azimuts contre plusieurs pays voisins, notamment ceux abritant des bases américaines, et Israël, où huit personnes ont été tuées dimanche selon les secours.
- "Revenir à la raison" -
Des journalistes de l'AFP ont entendu de nouvelles explosions à Dubaï, Doha, Ryad et Manama. Oman, médiateur dans les négociations reprises début février entre l'Iran et les Etats-Unis, a été ciblé pour la première fois dimanche.
L'armée iranienne a affirmé avoir visé "des bases américaines dans les pays du Golfe", qui ont dit avoir intercepté des projectiles iraniens.
Les Emirats arabes unis, où trois personnes ont été tuées et 58 blessées depuis samedi, ont appelé l'Iran à revenir "à la raison", et une réunion entre les monarchies du Golfe est prévue dimanche.
Les hostilités ont entraîné l'annulation de plusieurs centaines de vols à travers le monde vers le Moyen-Orient.
Le Royaume-Uni a exhorté ses citoyens se trouvant à Bahreïn, au Koweït, au Qatar et aux Emirats à "rester à l'abri". La France se dit se tenir prête à évacuer ses ressortissants au Proche-Orient.
Comme il l'avait annoncé, l'Iran a aussi répliqué avec de nouvelles frappes contre Israël.
Huit personnes ont été tuées dimanche à Bet Shemesh, dans le centre d'Israël, quand un bâtiment s'est effondré à la suite d'une "frappe directe" de missile iranien, ont annoncé les secours, précisant avoir évacué 28 blessés dont deux dans un état grave.
Plus de 20 personnes ont aussi été blessées à Tel-Aviv. Dimanche matin, les sirènes d'alerte aérienne ont retenti dans plusieurs régions d'Israël.
D'abord annoncée par Donald Trump, la mort d'Ali Khamenei a été confirmée par la télévision d'Etat iranienne.
Le président, Massoud Pezeshkian, a déclaré dimanche que venger sa mort était un droit "légitime", la considérant comme une "déclaration de guerre contre les musulmans".
"HIER, L'IRAN A TIRÉ DES MISSILES SUR LES ÉTATS-UNIS ET ISRAËL, ET ILS ONT FAIT MAL. AUJOURD'HUI, NOUS LES FRAPPERONS AVEC UNE FORCE QU'ILS N'ONT JAMAIS CONNUE", a prévenu le chef du Conseil suprême de sécurité nationale, Ali Larijani, sur X.
Des milliers de personnes se sont rassemblées à Téhéran, certaines en larmes, brandissant des drapeaux iraniens aux cris de "mort à l'Amérique", "mort à Israël", selon un journaliste de l'AFP sur place.
Même slogans à Chiraz, la grande ville du sud, où une foule a crié vengeance, selon l'agence de presse Tasnim.
- "Frapper avec force" -
Dans la nuit, la nouvelle de la disparition de celui qui a dirigé l'Iran d'une main de fer durant près de 37 ans avait aussi été accueillie à Téhéran avec de la musique depuis des fenêtres et par des acclamations dans les rues, selon des vidéos vérifiées par l'AFP.
Alors que les Etats-Unis et Israël ont dit qu'ils continueraient leurs frappes, plusieurs explosions ont été entendues dans la matinée à Téhéran, ont rapporté des journalistes de l'AFP, peu avant que l'armée israélienne dise frapper "au coeur" de la capitale.
Après de premières menaces de représailles des Gardiens de la Révolution, M. Trump a prévenu sur sa plateforme Truth Social: "S'ILS LE FONT, NOUS LES FRAPPERONS AVEC UNE FORCE SANS PRECEDENT!".
Il a jugé que le peuple iranien tenait là sa "plus grande chance" de "reprendre" le contrôle du pays.
Outre Khamenei, sept hauts responsables iraniens, dont le chef des Gardiens Mohammad Pakpour, Ali Shamkhani, un conseiller du guide suprême, et le chef d'état-major de l'armée, Abdolrahim Moussavi, ont été tués, a confirmé la télévision d'Etat.
Israël a affirmé avoir tué dès son attaque initiale 40 hauts-gradés, dont Ali Khamenei.
- "Couper la tête du serpent" -
La transition du pouvoir sera assurée par un triumvirat composé de Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï, et d'Alireza Arafi, un haut dignitaire religieux, membre du Conseil des Gardiens de la Révolution, selon un média d'Etat.
En Iran, le Croissant-Rouge iranien a annoncé samedi la mort de plus de 200 personnes dans les frappes à travers le pays. Le pouvoir judiciaire a fait notamment état d'au moins 108 morts dans une école de filles, un bilan invérifiable de source indépendante. Israël a dit ne pas être au courant d'une frappe sur une école.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a justifié l'opération par la "menace existentielle" que fait peser selon lui l'Iran sur Israël. Son pays célébrait dimanche la mort de l'ennemi juré de l'Etat.
"Khamenei (était) un dirigeant, du même type que d'autres autocrates (comme) Hitler (...) et quand on coupe la tête du serpent, alors le serpent ne peut plus se relever", déclare à l'AFP Moti Arad, avocat, à Tel-Aviv.
Donald Trump a de son côté dit répondre à des menaces "imminentes" contre les Etats-Unis, liées à la fois au programme nucléaire et aux capacités de missiles iraniennes.
De hauts responsables américains ont accusé samedi les autorités iraniennes d'avoir lancé la reconstruction des sites nucléaires frappés en juin 2025 et d'exclure de discuter de leurs missiles balistiques, un point majeur d'inquiétude pour Israël.
L'Agence internationale de l'énergie atomique a annoncé une réunion extraordinaire lundi à Vienne.
F. Dumont--BTZ