Mort de Leïla Shahid, ancienne représentante de la Palestine en France
Avec son accent caractéristique, elle a porté la voix des Palestiniens en Europe: représentante de la Palestine en France et auprès de l'UE, Leïla Shahid est décédée mercredi à l'âge de 76 ans, a annoncé sa soeur à l'AFP.
Son corps a été retrouvé mercredi dans le hameau de la Lèque, sur la commune de Lussan (sud), où elle vivait, a indiqué à l'AFP une source proche de l'enquête.
Selon les premiers éléments, il s'agirait d'un suicide, a ajouté cette source, précisant qu'une enquête avait été ouverte pour "recherche des causes de la mort".
Engagée en politique dès ses 18 ans, cette proche de Yasser Arafat, qui parlait couramment anglais et français, a été la première femme à représenter l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à l'étranger, à partir de 1989 en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark.
Elle a ensuite été déléguée générale de l'Autorité palestinienne en France de 1994 à 2005, avant d'occuper les mêmes fonctions à Bruxelles auprès de l'UE durant la décennie suivante.
Le président palestinien Mahmoud Abbas a déclaré dans un communiqué que Leïla Shahid "avait incarné le modèle d'une diplomatie engagée envers les valeurs de liberté, de justice et de paix".
"Elle est la Palestine incarnée dans le monde francophone", a résumé de son côté le représentant adjoint de la Palestine à l'ONU Majed Bamya, évoquant sur X une personnalité "si universelle et si palestinienne".
- "combattante infatigable" -
L'ancien Premier ministre français et ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin a salué, toujours sur X, "une ardente amoureuse de la culture, de la poésie et des arts", qui "fut de celles et ceux qui, dès les premières heures, crurent obstinément à la possibilité d'une paix juste et durable au Proche-Orient".
De nombreuses réactions en France sont venues de la gauche, à l'instar de l'ancienne ministre socialiste Martine Aubry, qui a évoqué une "inlassable militante pour la reconnaissance d'un État palestinien et pour la paix avec Israël".
"Leïla Shahid aura été de ces diplomates exemplaires qui marquent une génération", a pour sa part réagi dans un communiqué l'Institut du Monde Arabe (IMA): "Combattante infatigable, héroïne des temps modernes, elle portait la Palestine en elle avec force et dignité".
"Le désastre des souffrances du peuple palestinien à Gaza l'a hantée jusqu’à sa fin tragique", ajoute l’institution parisienne.
Face à la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, Leïla Shahid n'avait eu de cesse d'appeler la communauté internationale à agir pour un cessez-le feu.
Mais dans un entretien à France-Inter deux jours après le 7-Octobre, elle se disait "pessimiste" quant à l'avenir de la Palestine, et mettait en garde contre une annexion par Israël de "ce qu'il reste comme territoires palestiniens".
- "Epoque révolue" -
"Elle m'avait permis de rencontrer Yasser Arafat et ouvert les portes d'une époque d'espoir, celle des accords d'Oslo (posant en 1993 les premiers jalons d'une résolution du conflit israélo-palestinien, ndlr). Une époque hélas révolue", s'est souvenu sur X Karim Amellal, ancien délégué interministériel à la Méditerranée (2020-2025).
Issue d'une famille de notables de Jérusalem, Leïla Shahid était née en 1949 à Beyrouth, quelques mois après la Nakba ("Catastrophe" en arabe), lors de laquelle quelque 760.000 Palestiniens fuient et sont expulsés lors de la création de l'Etat d'Israël.
Mariée à l'écrivain marocain Mohamed Berrada, sans enfant, elle a suivi des études secondaires au Liban puis une licence d'anthropologie à l'Université américaine de Beyrouth.
En France, elle a collaboré avec des intellectuels palestiniens exilés, à "la Revue d'études palestiniennes", et noue des liens avec des pacifistes israéliens.
Dans un entretien à l'AFP en 1993, elle disait vivre "un déchirement perpétuel entre l'appartenance à (son) peuple, le besoin de lutter avec lui (...) et le désir d'une vie normale et sereine".
Selon Le Monde, Leïla Shahid était gravement malade depuis plusieurs années.
L. Pchartschoy--BTZ