Face à l'avancée du désert, les éleveurs nomades de Mongolie se tournent vers la technologie
Ganchimeg a été prise d'une "panique totale" cet été quand elle s'est rendu compte que les moutons qu'elle élève dans le désert mongol se rapprochaient d'un lac salé, poussés par la faim et la pauvreté de la végétation.
S'ils avaient bu ou étaient entrés dans l'eau saumâtre, "tout le troupeau aurait été anéanti", témoigne-t-elle devant sa "ger", tente traditionnelle dont la forme ronde se détache sur le vaste horizon du désert de Gobi.
Le pire serait advenu si elle et son mari n'avaient été alertés par une application conçue pour aider les éleveurs à faire face aux périls de la désertification.
"Il s'est précipité sur place à toute vitesse et les a interceptés juste à temps", raconte Ganchimeg, mère de quatre enfants qui, comme beaucoup de Mongols, ne porte qu'un seul nom.
Les éleveurs de Mongolie sont en première ligne face aux conséquences du changement climatique et à la désertification. Ce vaste pays au climat extrême est l'un des dix les plus touchés par le changement climatique, indiquait le Programme des Nations unies pour le développement en 2024. La température moyenne y a augmenté de 2,26 degrés au cours des 80 dernières années.
Les tempêtes hivernales, les périodes de sécheresse et de températures extrêmes sont devenus plus fréquentes, les précipitations déclinent. Ces changements exacerbent un autre facteur de la désertification: le surpâturage, causé par une augmentation de la taille des troupeaux.
- Exode -
C'est l'un de ces événements extrêmes, appelé localement "dzud" et survenu en 2024, qui a inspiré à Bilgudei Gankhulug l'idée du traceur GPS employé par Ganchimeg.
Les températures sont tombées sous les moins 45. "Plus de huit millions de têtes de bétail sont mortes. J'ai vu de nombreux éleveurs perdre leurs revenus et leurs moyens de subsistance en l'espace de quelques mois", se souvient le jeune homme de 26 ans.
"Hunu", le nom de l'application, veut dire "nomade fort". Il "symbolise notre mission: donner aux éleveurs nomades les moyens d'agir grâce à la technologie".
Un Mongol sur quatre environ est éleveur nomade. Or, près de 82% du territoire national est affecté par la désertification et la dégradation des sols, disent les autorités. De nombreux éleveurs renoncent et vont chercher du travail en ville. Avec eux, c'est aussi un mode de vie traditionnel qui disparaît.
"Environ 80% du territoire mongol est constitué de terres de parcours", surfaces de pâturage naturelles, dit à l'AFP Chimeddorj Buyanaa, directeur de la conservation pour le Fonds mondial pour la nature (WWF) en Mongolie. "Ces terres sont d'une importance capitale pour les communautés locales ainsi que pour les moyens de subsistance de l'ensemble de la population mongole", dit-il.
La détérioration des sols représente en outre une menace pour la faune sauvage, les léopards des neiges et les antilopes saïgas, dit-il.
"La population de la province de Dundgovi est en baisse constante ces dernières années", dit le gouverneur Munkhchuluun Samdannyam en marge d'une conférence des Nations unies sur la désertification, la COP17, qui s'est tenue en août en Mongolie. "Trois cinquièmes de l'économie de la province reposent sur l'élevage, souligne-t-il.
- Le facteur minier -
L'application Hunu permet aux éleveurs de suivre leur bétail grâce à un dispositif GPS à recharge solaire. Il est fixé à un seul animal, le grégarisme des moutons faisant le reste. L'application fournit, grâce à l'intelligence artificielle, des mises à jour sur les tempêtes de poussière et les blizzards, l'épaisseur de la neige, l'humidité ou le dessèchement des sols, informations essentielles aux éleveurs pour guider les déplacements.
Les pays participant à la conférence y ont convenu d'un financement pour la restauration des terres et le renforcement de la résilience face à la sécheresse. Mais l'inquiétude subsiste devant le manque de financement.
"Je me demande souvent si la voix de nos éleveurs arrive jusqu'aux décideurs", déplore Bolormaa Erdenee, une éleveuse de 49 ans.
Avec son mari, elle élève 400 têtes, chameaux et chamelles qu'elle est sur le point de traire, mais aussi chevaux, vaches, chèvres et moutons.
Là où ses bêtes broutaient habituellement en été, de lourds camions de l'industrie minière, secteur crucial en Mongolie, sillonnent désormais la steppe, soulevant de la poussière et perturbant les animaux.
Plusieurs familles nomades se sont déplacées à 200 kilomètres de là en quête de pacages plus verts.
Bilgudei Gankhulug, le créateur de l'application Hunu, dont les ancêtres étaient des éleveurs nomades, rappelle que la transhumance est elle-même une forme de protection de l'environnement. Il est important de "retenir les leçons de nos traditions et de les conjuguer avec la science et la technologie", dit-il.
L. Pchartschoy--BTZ