Le lac Velence s'assèche, symbole de la crise de l'eau en Hongrie
Les plages autrefois très fréquentées du lac Velence, en Hongrie, sont désertées cet été par les touristes, découragés par la chaleur et la sécheresse prolongée qui ont fait dangereusement baisser le niveau de l'eau et s'éloigner d'autant son rivage.
"On prie pour la pluie, mais on sait bien que tout le pays souffre du manque d'eau", se lamente György Simon, dont l'entreprise de loisirs à Gardony, sur les bords du lac, a été contrainte de suspendre les croisières fin juin.
A de nombreux endroits ne reste plus qu'une surface de terre boueuse ou craquelée. Une anse peu profonde, où les enfants avaient l'habitude de barboter sous les parasols, s'est muée en friche couverte de mauvaises herbes.
Alors que le lac attirait les foules venues se baigner ou profiter de la fraîcheur de ses rives, les cyclistes qui parcourent les 33 km autour du plan d'eau, situé à 45 kilomètres au sud-ouest de Budapest, constituent désormais l'essentiel de l'activité touristique.
"Tout le secteur touristique souffre, la pêche sportive connaît sa pire année depuis des décennies", regrette Imre Palinkas, de l'association nationale de pêche MOHOSZ.
Situé dans le bassin des Carpates, la Hongrie figure parmi les pays les plus touchés par les épisodes de sécheresse récurrents qui frappent l'Europe centrale, dont les scientifiques estiment qu'ils sont accrus par le changement climatique d'origine humaine.
Attila Szegi, porte-parole de la Direction générale nationale de la gestion de l'eau (OVF), souligne qu'"au cours des cinq dernières années, le pays a accumulé l'équivalent d'une année de déficit de précipitations"
Selon lui, les autorités tentent d'éviter que le lac Velence, le troisième du pays en superficie, ne se scinde en plusieurs plans d'eau à mesure que l'évaporation estivale continue de faire baisser le niveau, ce qui constituerait une catastrophe pour les organismes vivants.
- Risque de disparition -
La semaine dernière, l'OVF a mesuré un niveau d'eau de 41 centimètres, le plus bas depuis le début des relevés en 1931. Le précédent record date de 2022, avec 53 centimètres.
Le lac s'est déjà asséché par le passé, la dernière fois en 1866, "en raison de sa faible profondeur et de sa connexion au réseau d'eaux souterraines", explique à l'AFP l'hydrogéologue Anita Eröss, de l'université ELTE de Budapest.
Selon l'experte, l'afflux de nouveaux habitants dans la région au cours des dernières décennies a contribué à l'assèchement progressif du plan d'eau. "Beaucoup de ces arrivants ont installé des puits de jardin pour arroser ou remplir leurs piscines, prélevant ainsi dans des nappes phréatiques qui, autrement, alimenteraient le lac".
L'activiste environnemental Tibor Horanyi, de l'Association des Grands Lacs et des Zones Humides, impute la situation aussi à des politiques ayant favorisé depuis des décennies le drainage des terres et l'évacuation de l'eau plutôt que sa rétention.
"Je pense que nous devons repenser notre approche", dit-il craignant sinon la disparition des lacs du pays.
Le précédent gouvernement du nationaliste Viktor Orban avait dépensé 142 millions d'euros pour construire une académie de kayak sur la rive nord en 2024.
Le centre flambant neuf devait accueillir une compétition de canoë sous l'égide de la Fédération internationale du sport universitaire (FISU) en août, mais l'événement a dû se tenir ailleurs.
- Equilibre écologique -
Le gouvernement pro-européen de Peter Magyar, entré en fonction en mai, a fait de la restauration du lac une priorité, assure à l'AFP Viktoria Bogi, secrétaire d'Etat au ministère de l'Environnement.
Elle évoque une nouvelle réglementation en cours d'élaboration, qui soumettra l'extraction d'eau à un contrôle renforcé.
"L'objectif est de restaurer les sources naturelles de recharge avant d'envisager toute intervention artificielle", détaille-t-elle.
Plusieurs options sont envisagées, dont le rejet des eaux usées traitées ou la construction d'un canal depuis le Danube, située à une quinzaine de kilomètres.
Toutefois de nombreux experts mettent en garde contre l'apport d'eau provenant d'autres bassins, qui pourrait modifier l'équilibre écologique du lac, naturellement alcalin.
Zsombor Boromisza, de l'Université des sciences agricoles et de la vie (MATE), avertit contre la tentation de considérer la réalimentation comme une stratégie viable quand l'eau risque de s'épuiser partout.
"A long terme, nous devons nous préparer à la possibilité de ne pas pouvoir acheminer de l'eau depuis d'autres régions de Hongrie", prévient le paysagiste.
P.Grazvydas--BTZ