Plongée dans un appartement "bouilloire" par 50°C, l'expérience immersive de la Fondation pour le logement
"Bienvenue en 2050, il fait 50°C depuis plusieurs jours" et habiter une "bouilloire" est intenable. Pour alerter sur les dangers des logements inadaptés aux fortes chaleurs, la Fondation pour le logement fait un saut dans le futur.
Dès l'entrée dans la "chambre climatique", le décor est planté.
"Paris vit sa septième canicule de l'année, les pics à 50°C à l'ombre ne sont plus exceptionnels. Les infrastructures souffrent, l'approvisionnement électrique est rationalisé avec des black-out réguliers", explique la médiatrice du simulateur mobile Climate Sense, un conteneur installé vendredi sur une place parisienne.
"Ce soir, vous rentrez chez vous avec vos courses et l'ascenseur est en panne, donc vous avez 15 étages à monter à pied", prévient-elle en s'adressant aux volontaires tentés par l'expérience.
Après quelques marches sur un step de fitness, Eli, un boulanger de 24 ans qui n'a pas souhaité donner son nom, est déjà en sueur.
La chaleur est pesante dans le conteneur de la taille d'un studio, conçu par Human Adaptation Institute. Elle imprègne tous les objets installés par la Fondation pour le logement des défavorisés qui organise l'événement de sensibilisation sur l'enjeu des bouilloires thermiques.
Poêle en métal bouillante, bijoux brûlants, couverts intenables, biberon en verre ardent et bonbonne d'eau surchauffée. Tous les ustensiles et gestes du quotidien deviennent une plaie.
"Je peux pas imaginer vivre à cette température", répète Michel Lepage, retraité québécois de 68 ans, en vacances à Paris et curieux d'en savoir plus sur l'été caniculaire vécu en France.
La suite du scénario prévoit des jeux de société et d'agilité, comme si "vous deviez jouer avec vos enfants", et des exercices de réflexion rappelant "les tâches administratives, impôts, etc.", alors que le cerveau est en mode ralenti.
Après seulement 30 minutes à 50°C, la température corporelle d'Eli a augmenté de 1,3°C et celle de Michel Lepage de 1,6°C.
Sylvie, 65 ans, n'a pas tenu plus de dix minutes dans le camion. L'expérience lui a rappelé la chaleur ressentie cet été, l'impression "d'être enfermée dehors", ce qui la "rend un peu claustrophobe". "Je n'avais pas envie de rester plus longtemps" dans la chambre climatique, explique-t-elle à l'AFP.
Elle se dit "terriblement angoissée, surtout pour (ses) petits-enfants", par le réchauffement climatique, qui augmente la fréquence, l'intensité et la précocité de phénomènes climatiques comme les canicules.
- "Mode survie" -
L'expérience Climate Sense dure 30 minutes, mais "imaginez passer une journée entière à 50°C, voire même plusieurs jours avec des nuits à 30°C", interpelle Christian Clot, directeur du Human Adaptation Institute, dans une vidéo diffusée aux participants à la sortie.
Toute cette simulation "n'est pas de la science-fiction", assure Maïder Olivier, chargée de plaidoyer climat à la Fondation pour le logement. "Cet été, 46°C ont été mesurés chez une amie. Avec des pics de chaleur à 45°C dehors, les logements sous les toits sans volets pourront connaître des températures autour de 50°C", alerte-t-elle.
Par forte chaleur, le corps humain cherche à réguler sa température, ce qui fait accélérer le rythme cardiaque et la respiration. L'organisme s'épuise et le cerveau a plus de difficultés à rester concentré ou à réfléchir vite.
"Si j'avais été libre de faire ce que je voulais, je serais resté allongé", confirme Michel Lepage après s'être prêté à l'expérience.
"Par 50°C, le corps active le mode survie", affirme Maïder Olivier, pour qui "le plus dur a été de se concentrer" dans la chambre climatique. "On ne peut pas être en mode survie, léthargique pendant trois mois par an."
Selon la fondation, un logement sur deux en France ne serait pas adapté aux fortes chaleurs, avec des conséquences potentiellement dangereuses pour leurs occupants.
"Ce n'est pas possible qu'on ne parle de ce sujet qu'en été", prévient Maïder Olivier, qui ne voit "pas de rupture dans la première copie du budget" pour l'État en 2027.
La Fondation pour le logement se réjouit cependant que le projet de loi "Relance logement" du gouvernement contienne des mesures pour faciliter les règles d'installation de volets. Mais elle souhaite aller plus loin avec notamment un investissement de 1,1 milliard d'euros de l'État en 2027 pour installer des volets et brasseurs d'air.
A. Lefebvre--BTZ