Aux Pays-Bas, un moulin surélevé pour lui "rendre son vent"
"Il a le droit au vent qui lui est dû" : debout sur une digue, casque sur la tête, Koen van der Kroon contemple les travaux, rares, de surélévation d'un vieux moulin, dans le centre des Pays-Bas.
Dressé depuis 250 ans sur les bords de la rivière Waal, qui fait partie du delta du Rhin, le moulin de Waardenburg vit vendredi une opération délicate : l'édifice, classé monument national, est soulevé de 80 centimètres pour conserver son accès au vent, menacé par le rehaussement de la digue voisine.
Partout aux Pays-Bas, des digues sont régulièrement renforcées contre les crues des fleuves et des rivières, dont le niveau est susceptible d'augmenter avec le changement climatique.
Mais cette nouvelle hauteur de la digue prive le moulin de son vent, indispensable à la rotation des ailes de l'édifice, un rare modèle à six pans encore en activité et régulièrement utilisé pour moudre du grain.
Pour éviter que le bâtiment ne devienne un simple vestige immobile, les spécialistes ont opté pour une solution rare : soulever l'ensemble de la structure à l’aide de vérins hydrauliques.
"Le niveau du Waal est souvent très élevé, c'est pourquoi tous les habitants vivant derrière la digue souhaitent avant tout être en sécurité", explique Koen van der Kroon, 44 ans, chargé de projet du rehaussement de la digue.
"Et pour garantir la sécurité dans cette zone, la digue doit être rehaussée, et par conséquent, le moulin à vent doit également l'être", poursuit-il.
"Cela a un impact majeur sur des monuments emblématiques et nous veillons à ce que ces sites, qui font la renommée des Pays-Bas – ces magnifiques moulins à vent – puissent continuer à fonctionner", ajoute-t-il auprès de l'AFP.
Une fois stabilisé sur sa nouvelle base, le moulin devrait retrouver des conditions de vent suffisantes pour continuer à tourner, perpétuant une tradition qui fait partie intégrante du paysage néerlandais.
- Ouvrage d'ingénierie -
Le moulin avait déjà été rehaussé dans les années 1990. Sa nouvelle élévation illustre la tension permanente entre la protection du patrimoine et les impératifs de sécurité dans un pays où un tiers du territoire se situe sous le niveau de la mer.
"C'est formidable que nous nous donnions tous la peine de restaurer ce moulin dans son contexte historique", se réjouit Marcel de Kroon, 52 ans, représentant la fondation propriétaire du moulin.
"C'est magnifique à voir. C'est un ouvrage d'ingénierie que nous ne réalisons pas tous les jours et nous sommes fiers de cet effort collectif", ajoute-t-il auprès de l'AFP.
"Nous avons d'abord détaché les anciennes fondations du moulin. Nous avons placé des vérins sous le moulin et, grâce à eux, nous le soulevons d'environ dix centimètres par heure", déclare Koen van der Kroon.
"Puis, nous installerons de nouveaux pieux sur lequel le moulin reposera. Ensuite, il ne restera plus qu'à remblayer soigneusement", poursuit-il. Ni vu ni connu.
D. Meier--BTZ