"Chacun a son propre Coluche", dit Michel Denisot, auteur d'un documentaire sur l'humoriste
En signant le documentaire "Mon Coluche à moi", présenté jeudi au Festival de Cannes puis diffusé sur TMC le 28 mai, Michel Denisot a voulu explorer "le regard d'aujourd'hui" sur l'acteur et humoriste, dont il était proche, raconte-t-il à l'AFP.
Ce documentaire sort un mois avant le 40e anniversaire de la mort de Coluche à 41 ans, le 19 juin 1986 dans un accident de moto.
Q: Comment ce documentaire est-il né?
R: "Il y a eu trois étapes. D'abord, le fils aîné de Coluche, Romain Colucci, m'a contacté pour écrire l'introduction d'un bouquin de citations de son père. J'y ai raconté ce qui me liait à Coluche.
Puis je me suis demandé: +Mais c'est qui, Coluche, aujourd'hui?+ J'ai contacté les artistes qui sont dans le documentaire, Jérôme Commandeur, Jérémy Ferrari, Michaël Youn, Doully, Claudia Tagbo. Tous avaient quelque chose à dire. Je me suis dit que je tenais quelque chose, le regard d'aujourd'hui sur Coluche.
Et enfin, je voulais travailler au montage avec des gens de la nouvelle génération qui n'avaient pas connu Coluche, dans le choix des archives par exemple, pour avoir un regard de découverte."
Q: Comment cette génération voit-elle Coluche?
R: "Pour les nouvelles générations, Coluche, c'est les Restos du cœur (qu'il a fondés en 1985, ndlr) et quelques extraits qui circulent. Ils connaissent les grandes lignes, le fait qu'il s'était lancé dans la campagne présidentielle de 1981, qu'il a soutenu SOS Racisme, qu'il mettait les pieds dans le plat.
Tout le monde a sa petite idée de Coluche. J'ai appelé ça +Mon Coluche à moi+ mais c'est un titre que chacun peut s'attribuer: vous avez votre Coluche à vous, les gens de 20 ans en ont un, ceux de 70 ou 80 ans aussi. Chacun a son propre Coluche."
Q: Pourquoi a-t-il tant marqué son époque?
R: "Il visait juste, il était libre, il y avait toujours du fond dans la blague, et les gens ressentaient la sincérité de ses engagements. Il parlait à tout le monde et prenait le parti des oubliés, car il venait de là: il a perdu son père tout petit, sa mère a ramé, il était d'origine italienne. Dans le documentaire, Harlem Désir (ancien président de SOS Racisme, ndlr) dit: +Deux personnes avaient du poids dans l'opinion, le président de la République et Coluche+. On n'a pas retrouvé ça depuis."
Q: Le documentaire montre aussi des attitudes misogynes qui peuvent choquer aujourd'hui.
R: "J'ai travaillé avec une équipe féminine sur le documentaire car je voulais avoir un regard féminin sur tout ça. Il fallait le montrer, ça n'est pas une hagiographie. A la fin, Romain Colucci m'a dit: +Tu as montré toutes les facettes de mon père, y compris celles qui ne passent plus aujourd'hui, mais avec une certaine tendresse+".
Q: Y a-t-il des facettes de Coluche que le public ne connaît pas?
R: "Je pense qu'il était beaucoup plus pudique que ce qu'en témoignent ses propos parfois misogynes, il était très réservé à l'égard des femmes dans sa vraie vie. Il avait certainement un grand fond de tristesse, comme tous les gens qui font des blagues toute la journée. Et il avait peur de la solitude."
Q: Quels étaient vos rapports?
R: "J'ai connu Coluche dans les dernières années de sa vie, on est devenus assez proches (tous deux travaillaient sur Canal+, ndlr). Nous avions des points communs liés à l'enfance: j'ai perdu mon père petit, ma mère a eu des difficultés à s'en sortir, Coluche a raté le certificat d'études, moi j'ai triplé la 1re et n'ai pas le bac.
Ces années-là ont été les plus intenses de sa vie: il y a eu +Tchao Pantin+ (film dramatique de 1983 qui a scellé sa reconnaissance artistique, ndlr), les Restos du cœur, Canal+, où il a joué un grand rôle.
Je pense souvent à lui et je me dis +Quel dommage+. Je ne sais pas quel regard il aurait eu sur l'époque, mais je pense que ça aurait fait du bien à tout le monde."
D. Wassiljew--BTZ