Voulu par Trump, le SAVE America Act menace le vote des femmes et des minorités
Des millions de femmes mariées et de personnes transgenres aux Etats-Unis pourraient être confrontées à des difficultés pour voter si le SAVE America Act voulu par Donald Trump, actuellement débattu au Sénat, venait à passer.
Le texte exige des électeurs qu'ils fournissent un document prouvant leur citoyenneté américaine pour s'inscrire sur les listes électorales - comme un acte de naissance ou un passeport - et qu'ils présentent une pièce d'identité au moment de voter, comme un permis de conduire.
Contrairement à d'autres pays comme la France, les Etats-Unis ne fournissent pas de carte d'identité nationale. Dans plusieurs Etats, par exemple, une carte d'étudiant peut faire office de pièce d'identité.
Les personnes dont le nom ne correspond pas à celui figurant sur leur acte de naissance devront donc présenter des documents supplémentaires, comme un acte de mariage ou un jugement de divorce, pour justifier leur changement de patronyme.
Mais selon le Brennan Center, organisme de recherche sur la défense des droits, "plus de 21 millions d'Américains n'ont pas accès à ces documents" et "près de la moitié des Américains n'ont pas de passeport".
Ainsi, les électeurs les plus affectés par le SAVE America Act seront "les femmes, les personnes transgenres" et les personnes à faibles revenus, "qui ne peuvent payer pour un passeport et ne voyagent pas", affirme Rick Hasen, professeur de droit électoral à l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA).
- Changement de nom -
Letitia Harmon, directrice de recherche chez Florida Rising, organisation oeuvrant pour la justice sociale basée en Floride, a été mariée, puis a divorcé dans l'Etat du Washington, explique-t-elle à l'AFP.
"Le problème, c'est que je ne sais pas quel nom figure sur les listes électorales" de Floride, dit-elle. "Je ne sais pas s'ils ont mon nom de jeune fille" ou "d'épouse".
Et "si ce nom ne correspond pas à celui qui figure sur mon permis de conduire, ils vont me dire: +Nous ne pouvons pas confirmer votre citoyenneté car vos documents ne concordent pas+", anticipe-t-elle.
"Je devrais donc demander mon jugement de divorce auprès de l'Etat du Washington". Une démarche coûteuse et chronophage.
La Maison Blanche affirme que le SAVE America Act permettrait d'éviter la fraude lors des élections, alors que la loi actuelle interdit déjà aux étrangers de voter.
Quant aux femmes mariées qui ont changé de nom, "elles doivent simplement suivre les procédures de leur État pour mettre à jour ces documents", a assuré en mars Karoline Leavitt, sa porte-parole.
-Tendance républicaine -
Le "gender gap", ou "fossé de genre", désignant la différence de comportement électoral entre les hommes et les femmes, reste marqué aux Etats-Unis.
Selon le Pew Research Center, en 2024, 44% des femmes inscrites sur les listes électorales penchaient en faveur des républicains, contre 52% des hommes.
"Depuis une quinzaine d'années, des Etats républicains ont tendance à rendre plus difficile l'inscription sur les listes électorales", affirme Rick Hasen, tandis que les "États démocrates adoptent des lois facilitant" l'accès au vote.
En effet, douze Etats majoritairement républicains demandent aux électeurs de prouver leur citoyenneté pour s'inscrire sur les listes électorales.
En 2014, Letitia Harmon vivait au Kansas (centre) et n'a pas pu voter lors de primaires car elle n'avait pas accès à son acte de naissance. Quatre ans plus tard, un juge fédéral a déclaré cette loi anticonstitutionnelle après que plus de 30.000 personnes n'ont pu s'inscrire sur les listes de cet Etat.
Début avril, le gouverneur de Floride a promulgué sa propre version du SAVE America Act, qui entrera en vigueur en janvier 2027, après les élections de mi-mandat. "On va priver de leurs droits électoraux des milliers de personnes simplement parce qu'on a trouvé deux cas" de fraude, s'indigne Letitia Harmon.
En 2025, deux personnes ont été inculpées en Floride pour avoir menti sur leur nationalité afin de voter lors d'élections.
Mais les cas de fraude électorale restent extrêmement rares.
Une enquête du Washington Post a révélé 31 cas avérés d'usurpation d'identité entre 2000 et 2014 dans le cadre d'élections, sur plus d'un milliard de bulletins de vote.
Y. Rousseau--BTZ