Colombie: le favori de la droite à la présidentielle promet de bombarder les narcotrafiquants avec le soutien des Etats-Unis
Le principal candidat de l'opposition de droite à la présidentielle de mai en Colombie a déclaré mercredi dans un entretien à l'AFP qu'il bombarderait, dès ses 90 premiers jours au pouvoir, les cartels de drogue, avec le soutien des Etats-Unis et d'Israël.
Depuis son quartier général de campagne ultra-sécurisé à Bogota, Abelardo de la Espriella promet la mise en oeuvre d'un "plan choc" pour reprendre le contrôle des larges zones du pays sous l'emprise des guérillas et des narcotrafiquants, avec "des bombardements sur les camps narcoterroristes et des fumigations" des champs de coca.
Avocat de profession de 47 ans, il entend "doter la force publique d'armes de première génération, d'intelligence artificielle, de drones et, bien sûr, de budget, afin d'augmenter les effectifs".
Mais "cela ne peut se faire sans une alliance stratégique avec les Etats-Unis et l'Etat d'Israël", a-t-il estimé.
Sans aucune expérience politique ni mandat électif, Abelardo de la Espriella, également homme d'affaires millionnaire, se présente en "outsider" qui n'appartient "pas à la caste politique" mais qui a "les couilles" (sic) pour faire appliquer sa ligne dure et chasser la gauche du pouvoir.
Il se définit plus volontiers comme un avocat-entrepreneur de la construction et des boissons alcoolisées. Sur certaines photos, il apparaît en train de fumer un cigare ou de promouvoir son business de vins et de rhums à bord de jets luxueux. Il possède par ailleurs sa propre marque de vêtements, "De la Espriella Style".
Dans sa carrière d'avocat, ses adversaires lui reprochent d'avoir défendu des personnalités controversées, comme des paramilitaires, des narcotrafiquants et Alex Saab, prête-nom de l'ex-président vénézuélien Nicolas Maduro. Des relations strictement professionnelles, balaie-t-il.
Auteur du livre "Mort au tyran", dans lequel il éreinte plusieurs "dictateurs", dont le président vénézuélien déchu Nicolas Maduro, il estime que l'actuelle présidente par intérim Delcy Rodriguez est un "pion" de Trump.
"Delcy coopère ou elle finit plus mal que Maduro", a-t-il assuré, confiant dans une transition "au plus vite", car "le Venezuela va devenir notre premier partenaire commercial".
- Le tigre -
En campagne, Abelardo de la Espriella fait ostensiblement référence à "la patrie" et au "tigre" (son surnom) qui la défendra. Il dit être un ami personnel d'Alvaro Uribe Velez, l'homme fort de la droite colombienne, deux fois président entre 2002 et 2010, qui a son propre candidat.
Son slogan de campagne: "La fermeté pour la patrie".
Le dernier sondage le donne dans un duel serré avec le candidat de la gauche, Ivan Cepeda, un proche de l'actuel président, Gustavo Petro, qui ne peut se représenter.
De double nationalité colombienne et américaine, Abelardo de la Espriella se dit admirateur des présidents du Salvador, Nayib Bukele, d'Argentine, Javier Milei, et de Donald Trump. Il est comme ce dernier amateur de golf.
Chemise blanche au col ouvert, veste droite, barbe finement taillée et casquette vissée sur la tête avec une effigie de tigre et les couleurs de la Colombie, il affiche un style très similaire à celui de Nayib Bukele, le président salvadorien au look décontracté qui a lancé une "guerre" contre les gangs, fait renouveler un état d'exception pour des arrestations sans mandat, et ouvert une méga-prison de haute sécurité.
Dans une Colombie fortement imprégnée de catholicisme, De la Espriella qui se considérait comme athée affirme aujourd'hui vivre "en accord avec les principes judéo-chrétiens" après un processus de transformation spirituelle qui l'a rapproché de Dieu.
Il a réitéré son souhait de mener une "contre-révolution culturelle" face aux idées de gauche dans le pays pour "revenir à Dieu".
Il défend le port d’armes, la réduction de 40% de la taille de l'Etat et veut construire des méga-prisons où les détenus seraient "dix étages sous terre" nourris uniquement d’eau et de pain.
Il assure que ses prises de position font de lui un homme "excessivement menacé et en grand danger".
L. Andersson--BTZ