Découverte à Paris d'un vestige révélant les origines gauloises de la capitale
Un des mystères sur l'histoire de Paris est-il en passe d'être levé ? Un rempart d'une vingtaine de mètres de long datant de plus de 2.000 ans a été mis au jour pendant l'été en plein cœur de la capitale et pourrait attester, pour la première fois, des origines gauloises de la ville.
Découvert en juillet sous l'Hôtel-Dieu, le mur de pierre et de bois dévoilé mercredi à la presse pourrait être le vestige d'une place forte prouvant que la Lutèce gauloise, avant sa conquête en -52 avant JC par les troupes de Jules César, était implantée sur l'île de la Cité, dans le centre de Paris.
Jusqu'à présent, la localisation de la cité alors tenue par la tribu gauloise des Parisii n'a jamais pu être établie avec certitude, les seuls éléments à la disposition des chercheurs provenant du récit de la conquête de la ville par Jules César où il évoquait "une île reliée par des ponts et située dans une boucle de la Seine".
"C'est vertigineux de se retrouver ici et de découvrir l'origine probablement de la ville de Paris", a commenté le maire de la capitale Emmanuel Grégoire après avoir examiné ce mur d'enceinte d'à peine un mètre de haut, qui était enfoui à quatre mètres de profondeur dans une cour de l'ancien hôpital de l'Hôtel-Dieu.
Les traces d'un incendie visibles sur un fragment de mur pourraient là aussi renvoyer au récit de Jules César selon lequel les Gaulois ont eux-mêmes mis le feu à leurs installations avant la bataille de Lutèce menée contre les Romains, qui occupèrent ensuite la ville pendant plus de cinq siècles.
- "Nouvelles surprises" -
Des débris d'amphores et un fer de lance ont également été mis au jour lors des fouilles, qui vont se poursuivre pendant plusieurs mois. "On ne peut pas exclure de nouvelles surprises", a déclaré à l'AFP David Couturier, directeur des opérations de fouille.
Selon le ministère de la Culture, des analyses au carbone 14 permettent déjà de dater le mur dans "une fourchette comprise entre 200 et 10 avant notre ère" et des études complémentaires doivent être menées pour conforter les premières hypothèses.
"C'est vraiment un moment très fort d'avoir la chance ensemble de découvrir les fruits de cette recherche qui étaient inenvisageables et sont totalement inédits", a salué la ministre de la Culture Catherine Pégard, dont les équipes ont participé aux fouilles avec la Ville de Paris et l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap).
La découverte, "majeure" selon le ministère, a été faite de manière fortuite à la faveur de fouilles qui avaient débuté en février dans le cadre de la restructuration de la partie hospitalière de l'Hôtel-Dieu, après un diagnostic archéologique établi en 2019.
Les premiers indices de présence gauloise sont apparus au début de l'été. "Comme tous les chantiers archéologiques, on commence par les couches les plus hautes, donc les plus récentes. Au fur et à mesure, on s'est éloigné dans le temps", a raconté Julien Avinain, chef du pôle archéologie de la ville de Paris, selon qui l'origine gauloise de l'édifice est quasi certaine.
"Le doute est de moins en moins permis", dit-il.
La découverte du mur d'enceinte, dont la technique de construction est caractéristique des fortifications gauloises de la fin de l'âge du Fer, a fait sensation au sein des équipes.
"Ces traces d'occupation gauloise sur l'île de la Cité, tous nos prédécesseurs en ont rêvé. On fait beaucoup d'hypothèses sur le sujet. On a la chance d'être au bon endroit au bon moment", a témoigné Dorothée Chaoui-Derieux, coordinatrice des opérations d’archéologie à Paris pour le ministère. "Sous nos pieds, sous la truelle de nos collègues, c'est ce mur de tradition gauloise qui, petit à petit, livre ses secrets", a-t-elle ajouté.
Dans les prochaines semaines, un moulage du mur sera réalisé et pourra intégrer des pierres de parement originales qui seront extraites en prenant en compte l'"'état de fragilité" de l'édifice, indique le ministère dans un communiqué.
A terme, une partie reconstituée du mur intégrant des pierres d'origine doit être exposée au public dans un musée à Paris.
N. Lebedew--BTZ