"Notre deuxième équipe": au Mondial, les fans mexicains se rallient derrière l'Iran
Maillot du Mexique sur le dos, Alan Romero s'est réveillé à quatre heures du matin dimanche, pour faire la route de Tijuana à Los Angeles, et venir soutenir l'Iran lors de son deuxième match en Coupe du monde contre la Belgique.
Accompagné par son père, ce Mexicain de 35 ans fait partie des centaines de supporters latinos venus au SoFi Stadium pour voir un match qui, au premier abord, ne les concerne pas.
Pourtant, cette foule a bondi de joie quand la "Team Melli" a failli ouvrir le score lors de ce match nul (0-0) contre les Diables rouges, avant que l'arbitre refuse le but pour hors-jeu, sous leurs sifflets.
"Notre deuxième équipe pour cette Coupe du monde, c'est l'Iran", résume à l'AFP M. Romero, fier que Tijuana se soit organisée pour accueillir l'équipe à la dernière minute, malgré ses déboires extra-sportifs.
Avec la guerre entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran en toile de fond, la sélection persane s'estime maltraitée et a connu de nombreux rebondissements lors de ce Mondial.
L'équipe s'est exilée dans la ville frontalière de Tijuana pour y établir son camp de base, plutôt qu'en Arizona, et une douzaine de membres de son encadrement ne peuvent pas l'accompagner pendant ses matchs de groupe aux Etats-Unis, car leur demande de visa a été refusée.
Cela a créé une solidarité inattendue entre Mexicains et Iraniens, déjà évidente lors du premier match contre la Nouvelle-Zélande, tenu à Los Angeles également.
- "Traités injustement" -
Dans cette ville mosaïque fortement imprégnée de culture mexicaine, la rencontre avait vu une large partie du public latino pousser en faveur de l'Iran.
Un soutien tellement fort que l'attaquant iranien Mehdi Taremi s'était fendu de remerciements envers les supporters mexicains.
"On a hâte pour les deux prochains matches, on espère qu'ils vont continuer à nous encourager de la sorte", avait-il déclaré après la rencontre.
"Le soutien des supporters mexicains est incroyable", abonde Art Eftekhari dimanche.
Pour cet Irano-Américain de 44 ans, créateur d'une chaîne YouTube dédiée à la sélection iranienne, cela permet de compenser toutes les polémiques entourant la Team Melli.
Car au-delà du traitement réservé par les Etats-Unis à l'équipe, l'accueil de l'importante communauté iranienne de Los Angeles est mitigé: beaucoup dans le stade encouragent les joueurs, mais huent l'hymne iranien pour protester contre la République islamique.
"J'essaie de ne pas faire attention à ça, je me concentre juste sur le match", soupire M. Eftekhari. "L'accueil chaleureux des fans mexicains nous fait oublier ce qui se passe en dehors du terrain."
Mais pour les supporters latinos, ce sont justement ces mésaventures qui les motivent à encourager l'Iran.
"Je pense qu'ils sont traités injustement", s'indigne Nikkole Martinez, une Américaine d'origine mexicaine qui habite à Azusa, en banlieue de Los Angeles.
- "Outsider" -
A 24 ans, cette "passionnée de football" est choquée par les restrictions imposées à l'équipe d'Iran pour entrer aux Etats-Unis.
La sélection persane a protesté cette semaine car elle n'a été autorisée à atterrir à Los Angeles qu'à la veille de son match contre la Belgique, tandis que les Diables rouges ont pu arriver deux jours avant.
"Pour ce match, ils sont désavantagés. Ils ne méritent absolument pas ça", estime Mme Martinez, en avouant également être plus encline à soutenir "l'outsider" de la rencontre.
"Les Belges sont bien reposés, alors que l'équipe iranienne ne l'est pas, donc c'est un gros désavantage", renchérit Jaen Piña.
Venu de Tijuana, ce physicien de 25 ans avoue ne connaître "aucun joueur iranien" et a conscience qu'affronter les stars belges Romelu Lukaku et Kevin De Bruyne relève du défi pour eux.
Mais il soutient la Team Melli par principe, à cause des problèmes de visas et de déplacements qu'elle rencontre.
"C'est de la connerie, pourquoi ils font ça ?", proteste-t-il. "C'est pour ça que je suis avec eux, parce que cette Coupe du monde est devenue politique."
Ravi du nul arraché par sa nouvelle équipe de coeur, il espère que l'Iran remportera son dernier match de groupe contre l'Egypte à Seattle et accèdera à la phase à élimination directe du Mondial pour la première fois de son histoire.
"Si l'Iran pouvait aller jusqu'en finale et jouer contre le Mexique", rêve-t-il, "ce serait parfait !"
S. Sokolow--BTZ