L'ex-conseiller Covid Anthony Fauci refuse de répondre à nouveau au Sénat américain
Le médecin Anthony Fauci, qui avait orchestré la réponse de la Maison Blanche à la pandémie de Covid-19, a refusé mercredi de répondre à de nouvelles questions d'une commission du Sénat américain sur les origines de la pandémie et sa gestion.
Dénonçant "l'obsession manifeste" du conservateur Rand Paul présidant cette commission à le poursuivre en justice, l'immunologue a surpris en indiquant qu'il invoquerait sur conseil de ses avocats son droit à ne pas s'auto-incriminer, garanti par le Cinquième amendement de la Constitution.
"Après la pandémie de Covid, j'ai comparu à de multiples reprises lors d'auditions au Sénat et à la Chambre des représentants, généralement sous serment (...) au cours desquelles j'ai répondu à des questions portant précisément sur les sujets qui font aujourd'hui l'objet de cette audition", a-t-il rappelé aux parlementaires.
"La seule raison pour laquelle il me convoque devant cette commission est de me pousser à dire quelque chose, n'importe quoi, qui pourrait justifier ses promesses publiques répétées selon lesquelles je finirai, je cite, +derrière les barreaux+", a-t-il ajouté.
Lors de cette audition de trois heures, plusieurs sénateurs démocrates ont également dénoncé une "croisade" du chef de la commission à son encontre. "Nous sommes ici pour tenter de vous piéger", a regretté la sénatrice Maggie Hassan.
Le sénateur républicain Rand Paul accuse depuis plusieurs années M. Fauci de mensonges et a publié ces derniers jours des extraits de son journal privé qui selon lui contredisent certains de ses propos passés.
- "Désespéré" -
Si ces derniers ne fournissent pas de preuves sur l'origine du Covid, ils donnent à voir l'inquiétude croissante du médecin, qui conseillait alors Donald Trump, vis-à-vis de la pandémie mais aussi sa fascination pour sa notoriété grandissante et son agacement à l'encontre du républicain.
"Trump perd les pédales en faisant pression pour rouvrir le pays et relancer l'économie avant le jour du scrutin. Il est désespéré. Tout cela n'a pour but que sa réélection", peut-on notamment lire.
Longtemps directeur de l'Institut national américain des maladies infectieuses (NIAID), Anthony Fauci était devenu lors de la pandémie l'expert le plus visible des Etats-Unis sur le sujet et avait souvent contredit Donald Trump.
Il est honni par une partie de la droite mais aussi par des mouvements complotistes et antivax et a fait l'objet de menaces de mort.
En amont de son audition, le président républicain s'était fendu d'un nouveau message accusatoire sur sa plateforme Truth Social, lui reprochant d'avoir "cherché à protéger la Chine" et d'avoir pris "trop de mauvaises décisions".
- "Accusations absurdes" -
Une partie de la droite américaine accuse le médecin d'avoir dissimulé les origines du Covid.
Anthony Fauci a nié à plusieurs reprises que les Etats-Unis aient financé des recherches en virologie dites de "gain de fonction" dans le laboratoire de Wuhan en Chine, ce que dénonce Rand Paul, qui y voit un "débat sémantique" malhonnête. "Le peuple américain mérite franchement des excuses", a-t-il tonné mercredi.
Plus de six ans après le début de la pandémie, la question de savoir si le virus s'est échappé de ce site ou s'est propagé d'un animal à l'être humain reste largement débattue.
Plus de 150 scientifiques, médecins ou experts en santé publique ont dénoncé mardi dans une lettre ouverte les "accusations absurdes" ciblant Anthony Fauci et appelé les élus à mettre fin à la "diffamation et au harcèlement" visant de nombreux scientifiques américains.
Pour Tracey Maclin, professeur de droit à l'université de Floride, cette audition "ne visait pas à établir la vérité" et l'invocation du Cinquième amendement semble justifiée. "Trop de gens pensent que le Cinquième amendement n'est invoqué que par ceux qui sont coupables. Ce n'est pas vrai", insiste-t-il auprès de l'AFP.
Anthony Fauci a fait partie des élus et anciens fonctionnaires à avoir été graciés préventivement par Joe Biden juste avant qu'il ne quitte la Maison Blanche. Une procédure justifiée par le démocrate pour leur épargner des enquêtes ou des poursuites "partisanes", et vivement critiquée par Donald Trump.
Tout en remerciant Joe Biden pour son geste, M. Fauci avait assuré n'avoir "commis aucun crime" susceptible de motiver "une enquête ou des poursuites pénales".
L. Solowjow--BTZ