Frappes saoudiennes et combats aux sol: ce que l'on sait sur la guerre au Yémen
Après avoir pris l'initiative début septembre et le contrôle en quelques jours des régions côtières du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, les Houthis pro-iraniens du Yémen cherchent à consolider leurs positions face aux forces gouvernementales, appuyées par l’Arabie saoudite.
Depuis, les bombardements saoudiens et les combats au sol ont fait des centaines de morts dans les deux camps, freinant l'avancée des combattants anti-gouvernementaux, qui s'étaient emparés de la capitale Sanaa en 2014 puis de vastes pans du territoire dans le nord du pays, sans pour autant les faire reculer.
Voici ce que l'on sait à ce stade.
- Combats dans le sud-ouest -
Les affrontements se concentrent dans les régions de Taëz et de Lahj, à l'intérieur des terres et sur les hauteurs surplombant les régions côtières récemment conquises.
Pour les Houthis, "la priorité immédiate semble être de sécuriser le flanc oriental de Bab el-Mandeb", pour consolider leur contrôle sur ce passage maritime stratégique, qui relie l'Asie à l'Europe via le canal de Suez, et empêcher une contre-offensive des forces gouvernementales, explique Mohammed Albasha, du cabinet de conseil en gestion des risques Basha Report.
Les combattants pro-iraniens essayent également d'isoler Taëz, troisième ville la plus peuplée du pays, en coupant la principale route qui la lie à Aden, où siège le gouvernement internationalement reconnu. Ils se heurtent toutefois à une forte résistance, selon une source gouvernementale.
Après leurs revers des premiers jours, les forces gouvernementales semblent ainsi avoir retrouvé leurs capacités défensives avec le soutien crucial de l'aviation saoudienne, selon les experts.
"Les frappes aériennes entravent notre avancée sur le terrain", reconnait une source militaire houthie.
Pour Majed al-Madhaji, du Sanaa Center for Strategic Studies, les forces gouvernementales mènent une "guerre d'usure" visant à infliger des coûts importants aux Houthis et à les empêcher de transformer leurs gains territoriaux en gains politiques.
- La pression sur d'autres fronts -
Plus le gouvernement et son parrain saoudien mettent la pression aux Houthis sur le littoral sur la mer Rouge, moins le mouvement a les moyens d'ouvrir de nouveaux fronts, souligne Elisabeth Kendall, de l'université de Cambridge.
Mais à terme, les combattants anti-gouvernementaux devraient convoiter Marib, une région riche en ressources énergétiques située dans le centre du pays, qui "pourrait leur assurer des revenus essentiels", explique-t-elle.
Selon Mohammed Albasha, les Houthis ont tenté une médiation avec les tribus et autres interlocuteurs locales pour obtenir une rédition négociée, "mais rien n'indique pour l’heure que les autorités de Marib soient disposées à l'accepter".
- Ryad plus offensif ? -
Face aux attaques des Houthis contre son territoire et aux menaces pesant sur ses exportations pétrolières en mer Rouge, Ryad s'est tourné vers ses partenaires internationaux.
Selon le New York Times, le prince héritier et dirigeant de facto du royaume Mohammed ben Salmane a exhorté le président américain Donald Trump à intervenir et à frapper les Houthis. En vain pour l'instant.
Vendredi, les états-majors de l'Arabie Saoudite, de la Turquie et du Pakistan, liés par un pacte de défense mutuelle, se sont réunis à Ryad, mais aucune annonce n'a été faite.
La veille, le grand mufti d'Arabie saoudite Saleh al-Fawzan avait appelé les soldats à "se tenir prêts à accomplir leur devoir" et prié Dieu d'"éradiquer le groupe houthi et ses soutiens".
"Ces derniers mois, l'Arabie saoudite a privilégié une stratégie fondée sur l'endiguement et la dissuasion, souligne Elisabeth Kendall. Nous assistons désormais à un changement vers une stratégie militaire plus offensive".
T. Jones--BTZ