L'Iran enterre son chef de la sécurité et promet des répercussions mondiales
L'Iran célèbre mercredi les funérailles de son puissant chef de la sécurité Ali Larijani, tué dans une frappe et que le chef de l'armée de la République islamique a juré de venger, promettant des répercussions planétaires.
Au 19e jour d'une guerre qui embrase le Moyen-Orient, déstabilise le Liban et paralyse la production et le transport des hydrocarbures, le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a promis un conflit long et dévastateur.
"La vague de répercussions mondiales ne fait que commencer et frappera tout le monde, sans distinction de richesse, de croyance ou de race", a-t-il écrit sur X, aux antipodes des déclarations de Donald Trump qui évoque régulièrement un conflit court.
Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a confirmé mardi la mort de son chef, pilier du pouvoir, qui avait défié la semaine dernière les bombardements en participant à une manifestation en pleine rue à Téhéran.
Ses obsèques sont prévues à partir de 10H30 GMT à Téhéran, selon les agences iraniennes Fars et Tasnim.
Elles se tiendront en même temps que celles du dirigeant de la force paramilitaire Bassidj, Gholamreza Soleimani, dont la mort a également été confirmée mardi, et des plus de 80 militaires de la frégate coulée par les Etats-Unis il y a deux semaines, au large du Sri Lanka.
Les noms de Larijani et Soleimani s'ajoutent à la liste des dirigeants iraniens que les Etats-Unis et Israël ont tués, dont le guide suprême Ali Khamenei, éliminé au premier jour de la guerre, le 28 février. Ses obsèques ont été d'abord annoncées, puis reportées sine die par les autorités.
- "Venger le sang" -
La stratégie d'Israël vise à "désarticuler l'architecture politico-sécuritaire du régime pour le faire vaciller sur ses bases", estime sur son compte X David Khalfa, cofondateur du centre de recherches Atlantic Middle East Forum. Il s'agit "d'inverser le rapport de force entre régime et société iranienne, dans la perspective d'un après-guerre très incertain".
Mercredi, l'agence Mehr a diffusé des photos des cercueils d'Ali Larijani et de son fils, tué dans la même frappe. Et sa chaîne officielle Telegram montre sa main reconnaissable à sa bague, recouverte de poussière dans les décombres du bombardement.
Les Gardiens de la Révolution ont annoncé de leur côté que des frappes qui ont fait au moins deux morts dans la région de Tel-Aviv, mercredi à l'aube, avaient été lancées "pour venger le sang" des responsables iraniens tués.
Donald Trump a explicitement mis en doute lundi le fait qu'il soit encore en vie.
- Bombardements à Beyrouth -
De son côté, Israël continue son offensive au Liban contre le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah.
Plusieurs frappes ont visé mercredi à l'aube des quartiers du centre de Beyrouth, dont des zones densément peuplées. Un bilan provisoire des autorités fait état d'au moins 12 morts et 41 blessés.
Les images retransmises en direct par l'AFP ont montré des panaches de fumée s'élevant au-dessus de la capitale.
L'attaque s'est produite près d'un centre de la Défense civile et de la corniche du front de mer, où des déplacés dormaient dans leurs voitures, selon un correspondant de l'AFP sur place.
L'armée israélienne a aussi annoncé avoir "commencé à frapper des cibles terroristes du Hezbollah" dans la région de Tyr (sud), "en réponse aux tirs de roquettes vers l'Etat d'Israël".
Un appel de l'armée israélienne à évacuer la quasi-totalité de Tyr, ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco, avait semé la panique la veille au soir. Des habitants ont fui dans la précipitation au milieu d'embouteillages monstres, a raconté Bilal Kashmar, un porte-parole des secours locaux.
Israël avait lancé lundi de nouveaux ordres d'évacuation dans le sud du pays. Mais selon le responsable, de nombreuses familles ont refusé de partir.
- Trump renonce -
Les Etats-Unis ont annoncé mardi soir avoir ciblé, avec des bombes parmi les plus puissantes de leur arsenal, des sites iraniens de missiles près du stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite en temps normal un cinquième du commerce mondial de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié (GNL).
Donald Trump a pour autant renoncé à exiger des alliés des Etats-Unis une aide militaire pour sécuriser le détroit, après avoir essuyé plusieurs refus cinglants.
"Nous n'avons plus besoin et nous ne voulons plus de l'aide des pays de l'Otan. NOUS N'EN AVONS JAMAIS EU BESOIN", a écrit le président américain sur ses réseaux sociaux.
L'Iran, de son côté, poursuit ses tirs contre Israël et sur ses voisins du Golfe, visant à la fois des intérêts américains et des infrastructures industrielles civiles.
En Arabie saoudite, l'armée a annoncé avoir intercepté plusieurs drones, ainsi qu'un missile balistique près de la base aérienne Prince Sultan, où sont stationnés des soldats américains.
Aux Emirats arabes unis, un "projectile iranien" est tombé près du quartier général de l'armée australienne au Moyen-Orient, sur la base d'Al Minhad sans faire de blessé, selon le Premier ministre australien, Anthony Albanese.
Les autorités du Qatar et du Koweit ont également annoncé l'interception de missiles et de drones.
Enfin, l'Irak continue d'être aspiré dans le conflit. Au moins quatre fortes explosions ont été entendues mercredi à Erbil, capitale du Kurdistan autonome (nord), selon des journalistes de l'AFP, des groupes armés pro-iraniens enchaînant les attaques de drone contre militaires et intérêts américains.
burx-dla/anb
O. Joergensen--BTZ