Bangladesh: le Parti nationaliste revendique une large victoire aux premières législatives post-révolution
Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) de Tarique Rahman a revendiqué vendredi une large victoire aux premières élections législatives organisées depuis l'insurrection qui a causé la chute du régime de fer de Sheikh Hasina à l'été 2024.
"La victoire était attendue", s'est félicité auprès de l'AFP un haut-responsable du parti, Salahuddin Ahmed.
"Il n'est pas surprenant que le peuple du Bangladesh ait placé sa confiance dans un parti qui est pro-Bangladesh (...) et capable de réaliser les rêves exprimés par notre jeunesse pendant les émeutes", a-t-il ajouté.
Selon les projections des télévisions locales vendredi à 07H30 (01H30 GMT), au lendemain du scrutin, le BNP est crédité de 212 des 300 sièges de la chambre unique du Parlement, soit une très large majorité.
Son principal adversaire, la coalition dirigée par les islamistes du Jamaat-e-Islami n'en décroche que 70, selon ces mêmes projections. Cette coalition n'a pas fait de commentaire à ce stade.
Dans un message publiée sur les réseaux sociaux par leur ambassade à Dacca, les Etats-Unis ont félicité le BNP et Tarique Rahman pour leur "victoire historique" et se sont réjouis de travailler avec eux "à la réalisation de leurs objectifs de propospérité et de sécurité".
Le dépouillement des bulletins de vote est toujours en cours vendredi matin et la commission électorale n'a encore annoncé aucun résultat officiel.
- "Effort de reconstruction" -
"Nous allons nous joindre à l'effort de reconstruction du pays que va engager Tarique Rahman", a réagi auprès de l'AFP un partisan du BNP, Md Fazlur Rahman, 45 ans. "Ces dix-sept dernières années, nous avons beaucoup souffert."
Avant même la clôture des bureaux de vote jeudi, Tarique Rahman avait exprimé sa confiance devant la presse. "Je vais gagner l'élection (...) nous aurons une majorité suffisante pour diriger calmement le pays".
Agé de 60 ans, le probable futur Premier ministre est l'héritier d'une longue dynastie politique.
Rentré en décembre de dix-sept ans d'exil au Royaume-Uni, il a pris la succession à la tête du BNP de sa mère Khaleda Zia, trois fois Première ministre, après sa mort quelques jours plus tôt.
Dans une déclaration jeudi soir, le chef du gouvernement provisoire et prix Nobel de la paix Muhammad Yunus a exhorté les partis à respecter les usages démocratiques, à faire preuve de "tolérance et de respect"
"Nous devons rester unis dans l'intérêt national", a insisté le Muhammad Yunus, 85 ans, qui a annoncé qu'il se retirerait sitôt les résultats officiels proclamés.
Après une campagne souvent tendue, parfois violente, le scrutin de jeudi, sécurisé par plus de 300.000 policiers et soldats, s'est déroulé sans incident majeur.
- "Changement" -
De nombreux électeurs se sont réjouis de pouvoir voter, dans une ferveur inédite depuis l'élection de Mme Hasina en 2009. Les scrutins suivants avaient tous été boudés par l'opposition ou dénaturés par des fraudes massives.
"Tant que la Ligue Awami (le parti de Mme Hasina) était là, les gens pensaient qu'ils dirigeraient le pays pour toujours", a commenté Mahfuz Rahman, 52 ans, après avoir voté jeudi dans un bureau de la capitale Dacca. "J'ai de la chance d'être témoin du changement."
Fers de lance des émeutes meurtrières de l'été 2024, les jeunes - les 18-37 ans constituent 44% du corps électoral - ont espéré des changements profonds, dans un pays à l'économie en panne et malade de la corruption.
"C'est la première fois que je vote et, après tout ce que nous avons vécu ces dernières années, j'espère enfin quelque chose de positif", a déclaré à l'AFP Shithi Goswami, une étudiante de 21 ans qui a voté à Dacca.
Les électeurs bangladais se prononçaient également jeudi par référendum sur une série de réformes institutionnelles destinées éviter le retour d'un régime autoritaire.
Selon les estimations publiées par les télévisions locales, les "oui" devaient l'emporter largement.
De son exil indien, Sheikh Hasina, condamnée à mort pour la répression de la révolte de 2024, a dénoncé dans une déclaration publiée par son parti un scrutin "illégal et inconstitutionnel".
P.Grazvydas--BTZ