La pollution des eaux sous un entrepôt Bolloré incendié en 2023 suscite l'inquiétude
Plusieurs associations s'inquiètent de concentrations importantes de lithium détectées dans les eaux souterraines sous un entrepôt de l'entreprise Bolloré Logistics au sud de Rouen, incendié en janvier 2023, où des batteries avaient été stockées sans autorisation.
Les dernières analyses publiées récemment par la préfecture de Seine-Maritime font état d'un taux de lithium de 200.000 microgrammes par litre sur un point de captage des eaux souterraines de la commune de Grand-Couronne où a eu lieu l'incendie.
C'est dix fois plus que l'an dernier, selon France Nature Environnement Normandie qui a porté plainte en mai 2025 pour pollution et écocide.
Aucune norme sanitaire n'existe en France pour cette substance. Mais l'association cite des études menées par l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) qui "tendent à établir une valeur cible maximale de 20 microgrammes par litre pour les organismes aquatiques des eaux douces et de 840 microgrammes pour l'eau destinée au réseau potable".
Parmi les effets dangereux potentiels identifiés par l'institut : neurotoxicité, hypothyroïdie, insuffisance rénale chronique. La pollution au lithium sous l'entrepôt incendié ne touche cependant pas le réseau d'eau potable, soulignent les autorités.
D'après Paul Poulain, chercheur indépendant sur les pollutions et les risques, les composants des batteries au lithium et leur fuite dans l'environnement "constituent une menace directe" pour "les invertébrés, les poissons ou les oiseaux".
Le 16 janvier 2023, l'entrepôt stockant sans autorisation 12.300 batteries de véhicules appartenant à Blue Solutions, filiale du groupe Bolloré, avait été entièrement détruit par les flammes.
- "On est scandalisés" -
L'incendie avait immédiatement suscité des inquiétudes sur d'éventuels risques pour la santé ou l'environnement, auprès d'une population encore traumatisée par le précédent de l'usine Lubrizol en septembre 2019, quand 10.000 tonnes de produits chimiques étaient parties en fumée dans un autre incendie survenu dans le même secteur.
En mai dernier, "quand nous avons déposé plainte on avait des taux 10 fois inférieurs à ce qu'on retrouve aujourd'hui", a expliqué à l'AFP la juriste de France Nature Environnement Normandie Alice Béral.
La hausse des concentrations, depuis, serait liée au ruissellement des eaux de pluie sur les batteries calcinées, seulement retirées du site en juillet 2025, plus de deux ans après l'incendie et après plusieurs mises en demeure.
"On est toujours scandalisés, on aimerait que les responsables prennent leurs responsabilités", a ajouté Mme Béral, soulignant vouloir faire assumer le coût du préjudice au groupe Bolloré.
Le secrétaire de l'association des victimes de Lubrizol, Christophe Holleville, a regretté que le chantier de dépollution en surface se soit fait "à ciel ouvert". "Cela aurait dû être fait sous un chapiteau de confinement, chaque coup de pelleteuse dégageait un nuage de poussière de lithium", selon lui.
Les taux de pollution au lithium "se sont envolés" dans les eaux de surface et malgré la mise en place d'une station de traitement des eaux polluées, "on atteint dans les eaux souterraines des taux record" qu'on ne retrouve qu'à proximité de sites d'extraction de ce métal, affirme-t-il.
La préfecture reconnaît que le débit de pompage de la station de dépollution "n'atteint pas le niveau requis".
Blue Solutions et Bolloré Logistics, filiale rachetée en 2024 par CMA CGM, avaient été contraints par la préfecture et la justice administrative de financer cette "barrière hydraulique".
Contacté par l'AFP, le groupe Bolloré n'a pas donné suite.
C. Fournier--BTZ