Le gendarme de la Fed blanchit Powell, Trump relance les hostilités
Le président Donald Trump a de nouveau menacé mercredi l'ancien patron de la Réserve fédérale américaine (Fed) Jerome Powell de poursuites pénales peu après que ce dernier eut été blanchi par une enquête administrative.
Le président et ex-promoteur immobilier trouve suspect le dérapage de la facture du chantier de rénovation du siège de la banque centrale à Washington.
Il en tient pour responsable celui qui dirigeait jusqu'à récemment l'institution : sa bête noire Jerome Powell, qu'il a cherché à évincer au motif qu'il pilotait une politique monétaire trop austère à son goût.
"À aucun moment au cours de notre évaluation, nous n'avons trouvé de motifs raisonnables de croire qu'une infraction au droit pénal fédéral a été commise, justifiant un renvoi" devant la justice, écrit l'inspection générale (OIG) de la Fed dans un rapport mis en ligne mercredi.
"Bien que notre rapport mette en évidence des lacunes dans la gestion du projet de rénovation, (...) nous n'avons pas constaté de faute administrative au cours de notre évaluation", ajoute l'organisation indépendante.
Donald Trump a balayé cette conclusion dans un message furieux sur sa plateforme Truth Social.
Accusant Jerome Powell d'avoir dépensé trop d'argent et gâché l'architecture historique du bâti, le chef de l"État écrit : "Il devrait être contraint de démissionner IMMÉDIATEMENT ! S'il ne démissionne pas, il devrait être poursuivi par le gouvernement américain, pour corruption ou incompétence."
Il rapporte aussi avoir demandé au ministre de la Justice Todd Blanche, son ancien avocat personnel, "d'étudier le rapport".
Le coût du projet de rénovation et d'agrandissement - toujours en cours dans la capitale américaine - était passé de 1,3 milliard de dollars en février 2020 à près de 2,4 milliards en décembre 2024, est-il précisé dans le document.
La Réserve fédérale a notamment expliqué avoir fait face à une flambée des coûts de construction (matériaux, main-d'oeuvre) sur la période.
- "Chasse aux sorcières" -
L'OIG avait été saisie par M. Powell lui-même en juillet 2025, quand la pression présidentielle s'est soudain resserrée.
Donald Trump veut des taux d'intérêt plus bas pour stimuler la croissance, peu importe l'inflation tenace.
Pendant des mois, il a insulté quasiment quotidiennement Jerome Powell dans l'espoir de le faire partir avant la fin de son mandat (prévue au printemps 2026).
Puis il a commencé à mettre en cause sa probité, croyant déceler une "fraude" derrière l'envolée du coût des travaux au siège de la Fed.
Le milliardaire républicain s'était même fendu d'une visite surprise du chantier fin juillet 2025, casque sur la tête, au côté de Jerome Powell.
Le chef de l'État a ensuite paru soutenir le lancement par la procureure Jeanine Pirro d'une enquête pouvant aboutir à des poursuites pénales à l'encontre du plus haut responsable monétaire américain.
Jerome Powell a révélé l'existence de la procédure en janvier dernier, dénonçant un "prétexte" et une attaque sans précédent contre l'indépendance de la banque centrale.
Le monde économique s'est rebiffé, une partie de la majorité républicaine aussi, ce qui bloqué un temps la nomination du successeur de M. Powell désigné par Donald Trump, Kevin Warsh.
La procureure Pirro, nommée par le président, a fini par clore l'enquête en avril, laissant l'affaire entre les mains de l'inspection générale.
M. Warsh a pu prendre ses fonctions.
Le rapport confirme "que la procureure fédérale Jeanine Pirro et le ministre de la Justice Todd Blanche, fidèles serviteurs de Trump, n'ont aucune base pour relancer la chasse aux sorcières" contre Jerome Powell, a estimé la sénatrice démocrate Elizabeth Warren dans un communiqué.
"Le président devrait arrêter d'essayer de limoger les gouverneurs de la Fed pour dissimuler ses échecs économiques et mettre plutôt fin à ses droits de douane chaotiques et à sa guerre en Iran", a-t-elle ajouté.
Le président américain, qui avait également tenté de renvoyer la gouverneure Lisa Cook, en a été empêché par la Cour suprême.
M. Powell siège toujours à la Fed, en tant que simple gouverneur. Il a expliqué préférer y rester tant que subsistent des pressions à son encontre.
D. Wassiljew--BTZ