"L'avenir plutôt que les coupes sombres": les salariés de l'auto allemande refusent le déclin
Quelque 175.000 salariés de l'automobile ont manifesté lundi à travers l'Allemagne, selon le syndicat IG Metall, qui a voulu interpeller les entreprises et les milieux politiques contre les suppressions d'emplois et fermetures de sites.
L'industrie automobile, pilier de l'économie, traverse une crise profonde sous l'effet de la concurrence chinoise, de la faiblesse de la demande intérieure et des droits de douane américains.
Parmi les quelque 280 rassemblements organisés dans le pays, celui de Hanovre (nord-ouest) a réuni principalement des salariés de Volkswagen, aux côtés d'employés d'équipementiers également touchés par la crise, près d'une usine du constructeur menacée de fermeture à l'horizon 2030.
Trompettes, sifflets, slogans et chansons ont retenti dans les rues, avec en tête du cortège une banderole d'IG Metall, où l'on pouvait lire "L'avenir plutôt que les coupes sombres". D'autres affichaient "Ce pays a besoin d'emplois sûrs" ou "Vous voulez la grève, nous sommes prêts".
La mobilisation intervient au lendemain de deux revers électoraux majeurs pour le camp conservateur du chancelier Friedrich Merz, battu dimanche par le parti d'extrême droite AfD dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et par le parti de gauche radicale Die Linke à Berlin.
Ces résultats fragilisent davantage la position du chef du gouvernement et l'obligent à accélérer les réformes face aux difficultés économiques du pays.
Face aux manifestants, Christiane Benner, présidente du puissant syndicat IG Metall, a martelé qu'il n'y avait "parfois pas d'autre choix que de montrer les muscles", sous des tonnerres d'applaudissements.
La présidente du comité d'entreprise du groupe, Daniela Cavallo, a pour sa part demandé l'instauration de droits de douane compensatoires de l'Union européenne sur les véhicules hybrides chinois.
Elle a également plaidé pour une véritable politique européenne de soutien à l'industrie et pour une baisse du prix de l'électricité destinée aux entreprises en Allemagne.
Wolfgang Schroeder, politologue à l'Université de Kassel et spécialiste des relations sociales, a estimé auprès de l'AFP que ces manifestations témoignaient d'une véritable inquiétude quant à l'avenir du secteur.
"Une mobilisation nationale qui n'est liée ni à des négociations salariales ni à des conflits spécifiques dans une entreprise, mais à tout un secteur et à ses problèmes, c'est plutôt nouveau", a-t-il déclaré.
- "Ne pas entraver le progrès" -
A Hanovre, Mme Benner a concentré ses plus vives critiques sur la direction de Volkswagen, estimant qu'il était un "scandale" que la direction évoque une possible fermeture du site de l'usine de la ville, parmi d'autres envisagées.
"Il s'agit ni plus ni moins de faire en sorte que l'Allemagne reste le pays de l'automobile", a martelé la syndicaliste, appelant les entreprises du secteur à "plus d'investissements" dans les usines et "les technologies".
Mais le syndicat IG Metall est dans une situation délicate car il "doit faire attention à ce qu'on ne puisse pas nous reprocher d'entraver le progrès et la pérennité de l'entreprise en rejetant tout catégoriquement", affirme à l'AFP Janik Hitzemann, 31 ans, employé depuis plus de dix ans à Volkswagen à Hanovre dans le montage de véhicules.
Il s'est tout de même mobilisé pour "donner le signal que nous voulons participer aux décisions sur le destin de l'entreprise".
Début septembre, le conseil de surveillance de Volkswagen, où siègent représentants d'actionnaires et de salariés, a approuvé un vaste plan d'économies qui prévoit de supprimer 50.000 emplois de plus d'ici 2030, après un précédent plan d'une même ampleur arrêté en 2024.
L'accord n'a en revanche pas tranché le sort des quatre usines menacées, pour lesquelles des activités alternatives sont à l'étude.
Volkswagen s'est par exemple tourné vers le secteur florissant de la défense pour sauver une usine de l'ouest du pays, à Osnabrück, qui va fabriquer des composants pour la défense aérienne.
A Hanovre, Aydan Özcan, 21 ans, formée par le constructeur aéronautique MTU Aero Engines, a estimé auprès de l'AFP qu'une telle reconversion n'était "pas une solution".
"Je suis d'avis qu'une économie de guerre ne crée pas d'emplois durables", a-t-elle déploré, arguant que "les premières entreprises visées sont précisément celles liées à l'effort de guerre".
D. Meier--BTZ