Présidentielle à Djibouti: Ismaïl Omar Guelleh annonce sans surprise sa réélection à un sixième mandat
Le président de Djibouti Ismaïl Omar Guelleh a annoncé tôt samedi, quelques heures après la clôture du scrutin présidentiel, sa réélection à un sixième mandat à la tête de ce petit territoire africain stratégiquement situé qu'il dirige depuis bientôt 30 ans.
Alors que n'ont été publiés jusqu'ici que de premiers résultats officiels très partiels, portant sur à peine 6% des inscrits au niveau national, selon un décompte de l'AFP, le président a posté sur son compte X un portrait de lui, orné de son nom, avec la mention: "REELU".
Selon les chiffres compilés par l'AFP à partir de ces résultats égrenés bureau par bureau par la télévision nationale portant jusqu'ici sur 38 bureaux de Djibouti-Ville, le président sortant, que les Djiboutiens surnomment de ses initiales IOG, a recueilli 96,47% des suffrages.
Après s'être présentés au compte-goutte une bonne partie de la journée, les électeurs ont été un peu plus nombreux en fin d'après-midi dans les bureaux de vote de la capitale - où vivent 71% des Djiboutiens -, sans qu'ils n'aient néanmoins eu besoin de faire la queue.
Un peu plus de 256.000 citoyens étaient appelés aux urnes. A la clôture du scrutin, le taux de participation variait entre 36 et 58% dans quelques bureaux visités par l'AFP, allant toutefois jusqu'à plus de 90% dans un bureau où votaient des militaires.
Les Djiboutiens rencontrés ces derniers jours par l'AFP dans les rues de la capitale affirmaient tous leur intention d'aller voter pour IOG.
Seule voix discordante vendredi, un chauffeur de taxi souhaitant rester anonyme: "Je ne vais pas aller voter, ça ne sert à rien", a-t-il affirmé à l'AFP.
En 2021, lors d'une présidentielle largement boycottée par l'opposition, le chef de l'Etat avait été réélu avec plus de 97% des voix.
- Position stratégique -
M. Samatar, son adversaire, avait voté en milieu de matinée.
A la tête depuis 1999 de l'un des pays les moins peuplés du continent - un peu plus d'un million d'habitants -, IOG a su faire fructifier sa position géographique, dans une Corne de l'Afrique par ailleurs troublée et théâtre de luttes d'influences étrangères.
Sur ses seulement 23.000 km2, Djibouti accueille des bases militaires de cinq puissances (France, Etats-Unis, Chine, Japon, Italie), engendrant d'importants bénéfices financiers, mais aussi sécuritaires et politiques.
Cette ancienne colonie française, où l'islam est religion d'Etat, borde le détroit de Bab-el-Mandeb, qui donne accès à la mer Rouge depuis le golfe d'Aden et par lequel transite une grande part du commerce entre Asie et Occident.
- Chômage et dette -
Dans les rues de Djibouti-Ville, les affiches électorales vantent toutes les mérites d'IOG. Le visage de son adversaire est invisible.
"Je vais voter pour Ismaïl Omar Guelleh. (...) Je ne connais même pas le visage" de M. Samatar, indiquait la veille du scrutin Deka Aden Mohamed, chômeuse de 38 ans.
Les autorités djiboutiennes sont régulièrement pointées du doigt pour la répression des voix dissidentes. L'opposition, fragmentée et "muselée" selon la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), est inaudible.
Djibouti pointe au 168e rang sur 180 du classement 2025 sur la liberté de la presse de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), qui décrit un "paysage médiatique (...) complètement verrouillé" et se limitant "presque exclusivement aux médias d'Etat".
Ismaïl Omar Guelleh avait annoncé qu'il passerait la main en 2026, mais une révision constitutionnelle en novembre a levé la limite d'âge des candidats à la présidentielle.
Son entourage justifie cette nouvelle candidature par une nécessaire "stabilité" dans une région troublée. Des analystes l'estiment surtout motivée par les risques de fracturation du régime que fait peser l'absence de successeur faisant l'unanimité.
Diplomates et analystes s'interrogent néanmoins sur l'état de santé du président âgé de 78 ans, qui se déplace avec difficulté.
Pénalisé par un climat aride peu propice à l'agriculture (environ 1% du PIB), Djibouti a misé, au prix d'une importante dette, surtout vis-à-vis de la Chine, sur le développement des activités portuaires, qui représentent désormais 70% de son PIB mais le rendent dépendant des soubresauts régionaux, notamment en Ethiopie dont les marchandises représentent l'écrasante majorité du trafic.
Quelque 70% des jeunes sont au chômage.
A. Walsh--BTZ