Thales, Exail: des systèmes français de lutte antimines sous-marines
Les industriels français, du géant Thales à l'entreprise spécialisée dans la robotique marine Exail, mettent en avant leurs systèmes de déminage sous-marin "utilisables dès à présent", en vue notamment de permettre une reprise du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz.
Baptisé Expeditionary Pathmaster, le système présenté par Thales intégrant drones et intelligence artificielle (IA), est issu d'un programme complexe de lutte contre les mines navales, MMCM, déjà livré aux marines française et britannique et exporté vers Singapour, mais pas encore opérationnel.
Testé la semaine dernière en Lituanie, Pathmaster permet de coordonner en temps réel plusieurs moyens de détection et de neutralisation des mines, et peut "être utilisé dès à présent", ont déclaré à la presse des responsables de Thales.
"Le programme MMCM répond à des besoins de marines nucléaires, tandis que Expeditionary Pathmaster est (...) déjà opérationnel", a souligné Eric Chaperon, conseiller pour la défense navale de Thales.
"Ce système est pertinent pour toutes les opérations de guerre des mines, qu'elles soient dans le détroit d'Ormuz, mais également en mer Noire", où les mines abondent dans le contexte de la guerre menée par la Russie en Ukraine, a relevé Benoît Drier de Laforte, conseiller opérationnel dans le domaine de la lutte contre les mines pour Thales interrogé par l'AFP.
"Plusieurs pays ont manifesté leur intérêt" depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, a-t-il ajouté.
- Nettoyer le détroit -
Les Etats-Unis ont récemment mis en garde contre le spectre d'un minage par l'Iran des eaux du Golfe et du détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transitent environ 20% du pétrole mondial, et actuellement quasi bloqué pour le passage des navires commerciaux, à l'exception d'une poignée de tankers.
D'où l'intérêt croissant pour des systèmes de lutte contre les mines, notamment à base de drones sous-marins, capables de sécuriser rapidement la zone sans exposer les équipages.
Face à ses concurrents américains comme Lockheed Martin et Northrop Grumman, qui proposent des systèmes de lutte antimines intégrés et pensés pour leur armée, Thales mise sur une approche flexible et adaptable selon la mission.
La société Exail Technologies, spécialisée dans les drones et robots sous-marins, pourrait s'y intégrer et jouer un rôle complémentaire.
Elle développe depuis 2010 une nouvelle génération de drones antimines sous-marins, déjà vendus aux marines belges et néerlandaises, considérées comme cheffes de file en Europe dans la lutte contre les mines marines.
Son système combine des drones sous-marins de détection, des robots télécommandés et des drones d'intervention pour neutraliser les mines déposées sous l'eau, qui sont tous pilotables à distance depuis un conteneur embarqué à bord d'un bateau ou à terre.
"Dans la région du Golfe, certaines marines sont déjà équipées de nos systèmes", a précisé Thomas Buret, directeur général d'Exail, lors d'une présentation récemment à la presse.
"Même s'il n'y a pas de mine, le transport maritime peut être bloqué. La présence éventuelle d'une mine est un danger suffisant pour empêcher la navigation", a-t-il expliqué. "Ce qui est sûr, a-t-il dit, c'est qu'il va falloir nettoyer quoi qu'il arrive avant de rouvrir le détroit, ne serait-ce que pour faire redescendre les taux d'assurances maritimes" dans le secteur.
A. Williams--BTZ