En Hongrie, l'attente et le doute dans l'audiovisuel public après un mois sans JT
Un mois après la suspension spectaculaire des journaux télévisés dans le cadre de la refonte promise par le nouveau gouvernement, les journalistes de l'audiovisuel public hongrois allument encore leur ordinateur sans savoir s'ils auront quelque chose à faire.
Ce chantier est l'une des réformes les plus symboliques engagées par le Premier ministre pro-européen Peter Magyar depuis la victoire aux législatives d'avril de son parti face à celui du nationaliste Viktor Orban.
En seize ans, ce dernier avait progressivement placé les médias publics sous contrôle politique, contribuant aux critiques répétées de Bruxelles à l'encontre de la Hongrie, membre de l'Union européenne, en matière d'Etat de droit.
"On est anxieux et en même temps pleins d'espoir", résume auprès de l'AFP un salarié de longue date de MTVA, le groupe qui chapeaute les médias publics hongrois.
"Personne ne sait à quoi s'en tenir, on est nombreux à craindre pour l'emploi mais c'est aussi l'occasion rêvée de pouvoir travailler normalement", explique-t-il, sous condition d'anonymat, tandis que plusieurs de ses collègues ont déjà été remerciés.
La déléguée ministérielle chargée de superviser la transition actuelle, Judit Grosz, a déclaré à l’AFP que des problèmes "sérieux et anciens" de crédibilité et de normes professionnelles avaient rendu l'actuelle fermeture indispensable.
La mesure a plongé nombre des 2.000 salariés dans une période d'incertitude. Selon plusieurs employés, beaucoup de journalistes passent désormais leurs journées chez eux, cependant que la direction communique très peu sur le calendrier précis de relance.
Plusieurs sources internes s'attendent à une reprise des journaux télévisés autour du 20 août, le jour de la fête nationale hongroise.
Au-delà du rétablissement des programmes, la principale interrogation concerne l'avenir même de la rédaction.
- Introspection -
Pour certains journalistes, la refonte constitue l'occasion de définitivement tourner la page d'une époque où les salles de rédaction fonctionnaient sous étroite surveillance politique.
"Au lieu de rapporter des faits, nous diffusions les positions du gouvernement", reconnaît un reporter, qui explique être resté malgré tout à son poste pour survenir aux besoins de sa famille.
"Après les élections, beaucoup d'entre nous se sont sentis libérés. Nous pouvions enfin parler des faits et donner tous les points de vue, c'était incroyable", dit-il.
Mais ce soulagement s'accompagne aussi d'introspection.
"On porte une part de responsabilité, on ne peut pas le nier et la plupart d'entre nous ont toujours un problème avec cela", confie-t-il.
D'autres salariés estiment toutefois que le ton des programmes était déjà revenu à la normale après le scrutin d'avril et que supprimer l'antenne n'était pas indispensable.
La période de transition a également donné lieu à ses premières controverses.
Début juillet, la nomination à la tête de l'information d'une personnalité proche de l'ancien pouvoir a provoqué des critiques de membres du camp gouvernemental et le diffuseur est revenu sur son choix dès le lendemain.
"Ce n’est pas au Premier ministre de commenter et de décider des nominations", a insisté auprès de l'AFP Pavol Szalai, le directeur régional de l’ONG Reporters sans frontières (RSF).
"Une telle ingérence dans les médias publics sape les efforts, par ailleurs louables, du gouvernement pour les rendre indépendants du pouvoir exécutif", a-t-il ajouté.
De son côté, le parti Fidesz de Viktor Orban a dénoncé un "autoritarisme", démenti par Mme Grosz, selon qui la direction intérimaire de MTVA est seule responsable de toutes les décisions.
"L'objectif ultime est que le public considère les médias publics comme une institution digne de confiance, gérée de manière professionnelle et véritablement au service de l'intérêt général", précise-t-elle.
Pour Pavol Szalai, la crédibilité du nouveau système dépendra de sa capacité à traiter avec le même regard critique le gouvernement actuel et ses opposants.
D. Wassiljew--BTZ