Le débat sur un hypothétique retour en Espagne de l'ex-roi Juan Carlos relancé
L'ex-roi Juan Carlos, en exil à Abou Dhabi depuis 2020, pourrait-il revenir vivre en Espagne? Le débat a été relancé après la déclassification d'archives confirmant son rôle dans la mise en échec du putsch de 1981 qui avait menacé la jeune démocratie post-franquiste.
Lorsque le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez a annoncé lundi la publication de dizaines de documents confidentiels sur la tentative de coup d'État du 23 février 1981, menée par des militaires nostalgiques de la dictature de Franco, les Espagnols se sont demandé si l'image de Juan Carlos lors de cet épisode allait en souffrir.
Mais ces archives ont en réalité permis d'écarter les doutes, confirmant que le souverain, désigné comme son successeur par Franco lui-même avant sa mort en 1975, avait bien tenté de convaincre les putschistes de renoncer, avant de prononcer cette nuit-là un discours de défense de la transition démocratique resté célèbre.
"Celui qui a contribué à soutenir notre démocratie (...) devrait passer la dernière étape de sa vie avec dignité et dans son pays", a lancé dans la foulée sur X le chef de l'opposition de droite Alberto Núñez Feijóo, militant pour un retour en Espagne du roi émérite.
Ces propos ont relancé le débat sur l'avenir de l'ancien chef d'État, âgé de 88 ans, qui, cerné par les polémiques, avait abdiqué en 2014 en faveur de son fils, le roi Felipe VI, avant de s'exiler en août 2020 à Abou Dhabi.
- Fortune opaque -
Après son départ d'Espagne, qui avait suivi la décision de son fils de lui retirer son allocation annuelle de près de 200.000 euros, les informations s'étaient multipliées sur son train de vie faste et sa fortune opaque.
Une fortune scrutée par la justice, qui a finalement établi que le roi émérite, qui a versé plus de 5 millions d'euros lors de deux régularisations fiscales, avait fraudé le fisc, même si aucune poursuite pénale n'a été engagée, en raison de la prescription des délits et de son immunité lorsqu'il était chef d'État.
Evoquant lui aussi un éventuel retour en Espagne de Juan Carlos, le ministre de la Justice Felix Bolaños a assuré que cela "dépendait exclusivement de lui" et de la Maison royale.
"Le gouvernement ne l'a jamais empêché (de revenir), ni ne lui a jamais refusé l'entrée en Espagne", a‑t‑il poursuivi, en référence aux fréquentes visites de Juan Carlos pour des régates -sa grande passion - ou pour des examens médicaux.
Juan Carlos "peut revenir quand il veut", ont renchéri auprès de l'AFP des sources de la Maison royale. Avec une précision : pour se réinstaller en Espagne, il devra redevenir résident fiscal espagnol "afin de préserver son image" et celle "de la Couronne comme institution".
Mais si sa résidence fiscale était en Espagne, on pourrait savoir "de quoi il vit", souligne Lucía Yeste, spécialiste de la Maison royale sur la radio publique espagnole.
"Il a dit qu'il était le seul Espagnol à ne pas avoir de pension de retraite. Alors, de quoi vit‑il? De quels moyens dispose‑t‑il? Ca, il ne veut pas le montrer", assure-t-elle.
- "Etre enterré avec les honneurs" -
En outre, Juan Carlos souhaite résider au palais de la Zarzuela, le palais où vit la famille royale, "qui a été sa maison pendant soixante ans", mais le bâtiment "appartient au patrimoine national et nous tous, Espagnols, l'entretenons" : "Les citoyens ne le verraient pas d'un bon œil", juge-t-elle.
Pour la politologue Paloma Román, un retour de Juan Carlos saperait en outre le travail de reconstruction de l'image de la monarchie à laquelle Felipe VI a travaillé : Juan Carlos "n'est pas tout blanc, c'est bien pour ça qu'il est parti à Abou Dhabi".
Aux yeux de la politologue, les déclarations d'Alberto Nuñez Feijóo visent surtout le gouvernement, et s'appuient sur l'idée que ce dernier serait à l'origine du départ de Juan Carlos.
Dans ses mémoires parues l'an dernier, Juan Carlos lui-même évoquait des "pressions provenant du gouvernement" sur la Maison royale et s'interrogeait : "Est-ce qu'un autre gouvernement que celui-là changerait la donne? Me faciliterait-il l'accès à la Zarzuela?".
En conclusion de l'ouvrage intitulé "Réconciliation", l'ex-souverain disait son souhait de "retrouver (sa) place" en Espagne, pour "y être enterré avec les honneurs".
M. Tschebyachkinchoy--BTZ