Lyhanna: face à l'immense émotion, Lecornu présente des premières mesures
Renforcement des peines pour les violeurs en série, délai contraint pour les enquêtes sur les crimes visant des enfants: Sébastien Lecornu a présenté mardi matin des premières mesures pour tenter de répondre à la colère et à l'immense émotion suscitées dans le pays par la mort de la jeune Lyhanna, 11 ans.
Le Premier ministre, qui a réuni pendant 1H30 plusieurs ministres à Matignon sur la protection de l'enfance et les violences sexuelles, a proposé de renforcer les peines pour les violeurs en série, qui pourront encourir la perpétuité au lieu de 20 ans actuellement, selon Matignon.
Concernant les crimes contre les enfants, les actes d’enquête devront être effectués "dans un délai maximal de 3 mois", a également proposé le chef du gouvernement. Une mesure qui répond à l'inaction de la justice face au principal suspect dans la mort de Lyhanna, Jérôme B. qui, avant ce drame, avait fait l'objet de plusieurs plaintes et signalements.
Le Premier ministre doit répondre mardi après-midi à l'Assemblée nationale à une question sur cette affaire de la cheffe de file des députés Rassemblement national, Marine Le Pen, qui a dit qu'elle soutiendrait les mesures mais a appelé à une "introspection" de la justice.
- "Je ne comprends pas" -
"La justice n'a pas fait son travail, je ne comprends pas pourquoi il faut attendre aussi longtemps", a déclaré depuis Toulouse la mère de Rosa, une enfant de 10 ans, qui accuse Jérôme B. de viol.
Retenant ses larmes, lors d'une conférence de presse à Toulouse, elle a interpellé le gouvernement.
Car elle avait déposé une plainte en août 2025 qui n'a débouché sur aucune convocation du suspect et qui n'a pas été suivie d'actes d'enquête suffisamment rapides. De longs mois se sont écoulés entre ce signalement et l'enlèvement de Lyhanna, à Fleurance (Gers), le 29 mai.
La pression s'accentue sur le gouvernement. Après le courroux exprimé dans plusieurs villes de France par plus de 60.000 manifestants lundi soir contre les dysfonctionnements dans cette affaire, des plaintes vont être déposées visant l'inaction des pouvoirs publics.
L'avocat de la mère de Rosa a annoncé vouloir poursuivre l'Etat pour "faute lourde" et saisir la Cour de justice de la République contre le garde des Sceaux Gérald Darmanin.
Bien qu'il ait rapidement reconnu des "dysfonctionnements accablants", le ministre de la Justice a exclu de démissionner. Et il a ordonné que soient passées en revue d'ici au 14 juillet les 70.000 plaintes actuellement dans les tribunaux qui impliquent des enfants.
Il a été entendu au Sénat dans la matinée avec son collègue de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui a défendu le traitement par les policiers et les gendarmes des affaires de violences sexuelles sur mineurs.
Dans un courrier à ses ministres rendu public lundi soir, Sébastien Lecornu avait souligné "l'effroi" mais aussi "une incompréhension sur les circonstances" du décès de Lyhanna.
- "Discrédit" -
D'autres mesures étaient sur la table de Matignon mardi comme la modification des règles de prescription, l'information des victimes tout au long de la procédure ou encore la nécessité de motiver les décisions de classement sans suite concernant les crimes et délits sexuels.
Le système judiciaire n'est "pas suffisamment du côté des victimes", a estimé sur France 2 la ministre déléguée chargée de l’Égalité femmes-hommes Aurore Bergé.
Le Conseil supérieur de la magistrature a ainsi déploré le "discrédit jeté sur des milliers de magistrats", répondant aux critiques sur le traitement de l'affaire et son "instrumentalisation".
Lyhanna n'est pas la conséquence "d'un dysfonctionnement" mais du "fonctionnement ordinaire de la police et de la justice", a au contraire déploré le député de gauche François Ruffin.
"Dans ce cas très précis, il ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois, il nous a manqué de prioriser des viols sur les mineurs", avait insisté M. Darmanin lundi à l'issue d'une réunion avec les procureurs généraux.
L'affaire Lyhanna s'est aussi invitée dans la campagne présidentielle, les candidats potentiels ou déclarés se divisant sur les réponses à apporter, comme les moyens alloués à la justice, la responsabilité des magistrats ou les éventuelles lois pour mieux protéger les victimes.
Les crédits affectés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles "seront préservés" dans le budget 2027, a assuré M. Lecornu.
Des députés, soutenus par la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, appellent en outre à l'examen rapide d'un autre texte de loi transpartisan, d'initiative parlementaire, pour "lutter de manière intégrale" contre les violences sexistes et sexuelles.
Il sera soumis "dans les prochains jours" au Conseil d'Etat pour avis, selon M. Lecornu.
P.Grazvydas--BTZ