Mort de Quentin Deranque: Lecornu appelle LFI à "faire le ménage", les Insoumis dénoncent une instrumentalisation
Sébastien Lecornu a appelé mardi LFI à "faire le ménage" dans ses rangs mais aussi dans ses "propos" et ses "idées", face à la cheffe des députés Mathilde Panot qui venait de dénoncer ceux qui "instrumentalisent" la mort du militant nationaliste Quentin Deranque pour "salir" LFI.
Au coeur d'une séance de questions au gouvernement particulièrement tendue à l'Assemblée nationale, quoique sans incident, le chef du gouvernement a qualifié d'"abjecte" la défense insoumise.
Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon est attaqué depuis la mort samedi du jeune homme de 23 ans, deux jours après avoir été roué de coups par plusieurs individus.
Certains seraient liés, selon le collectif identitaire Némésis, à la Jeune Garde, fondée à Lyon en 2018 par Raphaël Arnault désormais député LFI. Des accusations non confirmées par le parquet à ce stade.
Elle a aussi reproché à l'exécutif un "silence", notamment après la mort de l'ancien international de rugby argentin Federico Martin Aramburu, assassiné à Paris en 2022, alors que le principal suspect du futur procès en septembre est un ancien du mouvement d'ultradroite Groupe Union Défense (GUD).
Applaudi par des députés des rangs macronistes jusqu'au Rassemblement national, Sébastien Lecornu a vertement répliqué : "Ce que vous venez de faire est absolument ignoble et abject".
Et le chef du gouvernement d'ajouter : "Il est temps que vous fassiez le ménage, Madame la présidente Panot, le ménage dans vos propos, le ménage dans vos idées, et surtout le ménage dans vos rangs".
Un échange électrique qui tranchait avec la minute de silence en hommage à Quentin Deranque, observée par tous les députés.
- "Brutalisation" -
"La Jeune Garde tue, et La France insoumise devrait le condamner", a pour sa part déclaré le ministre de la Justice Gérald Darmanin.
La pression est forte sur LFI, qui tâche de se distinguer des auteurs de l'agression mortelle, alors que les suspects sont toujours en cours d'identification par la justice.
Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a évoqué une "violence (...) voulue (par) Jean-Luc Mélenchon comme un outil politique", et même une personnalité de gauche, Raphaël Glucksmann, s'est vivement démarqué des Insoumis.
Le porte-parole du groupe PS, Romain Eskenazi, a lui estimé que LFI ne pouvait être tenue responsable de la mort de l'étudiant, mais avait une "responsabilité dans la brutalisation de la vie et des discours politiques".
La France insoumise n'a "aucun lien" avec cette agression, ni "aucune responsabilité politique", a répliqué mardi son coordinateur national Manuel Bompard.
Les responsabilités dans le décès de Quentin Deranque n'ont pas encore été établies.
Plusieurs suspects ont tout de même été identifiés, dont certains liés à l'"ultragauche" mais pas fichés S, c'est-à-dire susceptibles de porter atteinte à la sécurité nationale, a appris mardi l'AFP de source proche du dossier.
Le jeune homme a succombé à des coups portés par au moins six personnes masquées et cagoulées, a déclaré lundi le procureur de Lyon, qui a requalifié l'enquête en "homicide volontaire".
La Jeune Garde a assuré ne pouvoir "être tenue pour responsable" de la mort de Quentin Deranque, "ayant suspendu toutes ses activités" car elle est visée par une procédure de dissolution.
Le gouvernement a aussi pointé du doigt ce groupe, mais le procureur a refusé d'en dire plus sur le profil des agresseurs.
- "Accusations infondées" -
Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a, par le passé, fait l'éloge de la Jeune Garde. En avril 2025, il avait salué le travail de cette "organisation alliée".
Mardi, Manuel Bompard a argué que ce soutien passé ne constituait pas un lien entre LFI et le drame. Si d'anciens membres de ce groupe sont responsables de l'agression, "ils doivent être punis", a-t-il dit.
L'attention se porte notamment sur l'assistant parlementaire de Raphaël Arnault, Jacques-Elie Favrot, dont le nom aurait été cité par des témoins.
M. Favrot a rejeté toute responsabilité, via son avocat, mais s'est retiré de ses fonctions de collaborateur le temps de l'enquête.
Le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a annoncé sur BFMTV qu'il n'y aurait pas d'autres "meetings" dans les universités si un risque de trouble à l'ordre public est avéré.
Manuel Bompard a lui déploré les menaces reçues par des responsables de LFI au cours des derniers jours.
"Quand on lance des accusations infondées, graves et mensongères, ça a des conséquences", a-t-il dit.
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S. Soerensen--BTZ